BUENOS AIRES et TIGRE

Mercredi 21 Décembre 2011

BUENOS AIRES & TIGRE

Notre hôtel est situé à deux pas de la Plaza de Mayo, dans l’hyper centre de Buenos Aires. C’est donc dans ce quartier que nous nous déplaçons le plus souvent.

La capitale argentine nous fait l’effet d’une ville agréable à vivre. De larges artères souvent bordées de beaux immeubles où le classicisme architectural européen côtoie l’ultramoderne. Cela veut ressembler à Paris, ça ressemble à Paris. Même loin de France, nous ne sommes pas trop dépaysés. Ces rues sont souvent bordées de jolies vitrines où les articles sont présentés avec goût, voire un certain luxe, et il y règne une forte et joyeuse animation.

Cela nous fait l’effet d’une ville où il fait bon vivre. Réalité ou illusion ?

Les argentins se remettent lentement d’une grave crise financière et économique qui les a durement frappés il y a dix ans et ils ont su le rappeler ces jours derniers à leurs dirigeants. Et pourtant, ils laissent l’impression de ne pas baisser les bras. Pour preuve, les banderoles déployées à demeure sur la Plaza de Mayo ou les manifestations sporadiques pour différents motifs au même endroit, les bruyants piquets de grève, en pleine période de Noël devant un grand magasin de la calle Florida.

S’il semble faire bon vivre à Buenos Aires, quelques détails permettent de ne pas généraliser. Ainsi, même dans les plus belles rues, on peut trouver des petites boutiques ne proposant que du matériel de récupération, pièces électroniques, électriques ou pièces mécaniques, etc… Les vendeurs qui étalent leur marchandise à même le sol de la calle Florida ne doivent pas le faire par pur plaisir, ni les vendeurs ambulants à la queue leu-leu qui vendent dans les trains des chaussettes, des confiseries, des cartes téléphoniques. Sans parler des « cartoneros » qui le soir venu, éventrent les sacs poubelles à la recherche de cartons ou de plastique à revendre aux récupérateurs, etc, etc… Certains argentins vivent bien, les autres ne se résignent pas.

C’était le quart d’heure socio-économique avant l’excursion du jour.

Très grosse chaleur ce matin, moite et orageuse. Nous pensons trouver un peu de fraîcheur dans le delta du rio Tigre. Tigre est le nom d’une petite ville à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Buenos Aires. C’est aussi le nom d’un rio serpentant au milieu d’une vaste zone lacustre formée par le confluent des rios Paraná et Plata. Le nom vient de el Tigre, le jaguar, qui sévissait jadis dans la région.
Rio Tigre

Nous nous y rendons en train à partir de la gare de Retiro (pour 0.50 euros, aller et retour), en traversant une banlieue de petites maisons d’où émergent souvent de hautes tours. Tigre est le point de départ de nombreuses excursions en bateau (ça nous manquait), sur les rios et arroyos du delta.  Nous parcourons cela dans une lancha, moderne et confortable, jusqu’à « Tres Bocas ». La lancha est l’unique moyen de transport de passagers et de fret de cette région. A la demande, la lancha navigue d’une rive à l’autre, dépose ou embarque voyageurs et marchandises sur ces appontements. L’accostage se fait par l’arrière, le passager saute et le bateau repart…


Nous sillonnons d’abord le rio Tigre, puis le rio Siarmento. Les riches porteños y ont édifié là leurs résidences secondaires, de jolies maisons typiques très colorées, au milieu de jardins boisés et fleuris d’hortensias. Chaque maison possède son appontement particulier avec souvent un système d’ascenseur pour relever son petit bateau. Ici, il vaut mieux posséder un bateau plutôt qu’une voiture.
Rio Tigre - A bord d’une lancha, seul moyen de déplacement des habitants de cette région

A Tres Bocas, nous parcourons à pied un petit chemin qui suit le rio et traverse directement les jardins des propriétés. Nous bifurquons pour longer un arroyo, qui n’est qu’un canal étroit où deux barques ont du mal à se croiser. En retrait, les maisons sont moins luxueuses.

Dommage que les moteurs des bateaux soient si bruyants, toute cette zone respire le calme et la tranquillité. Nous déjeunons d’une salade dans une petite auberge en bordure du rio. Nous y passons un long moment à nous reposer à l’ombre.

Nous retournons cette fois-ci à bord d’une lancha traditionnelle, long bateau plat en bois verni, à claire-voie. C’est bondé, nous sommes en prise directe avec la vie des habitants de cette région qui dépendent de cet unique moyen de transport.
Rio Tigre - Lancha traditionnelle

Retour à Buenos Aires par le train, lui aussi bondé. La clim ne suffit pas à rafraîchir l’atmosphère. C’est bruyant et les vendeurs à la sauvette ont bien du mal à se frayer un passage parmi les voyageurs pour proposer leur pacotille.

Dans la soirée, nous retournons à San Telmo, le quartier où se déroulait la brocante le jour de notre arrivée en Argentine. Les rues sont complètement dégagées et nous avons tout le loisir de voir les façades veillottes de petits immeubles anciens. Pourtant central, ce quartier commence à revivre doucement après des dizaines d’années d’abandon et d’oubli. Les antiquaires se réinstallent, les bobos ne vont pas tarder à suivre.

Demain sera un autre jour, celui de la fin du voyage et le retour en France.

Prêts à recommencer ! Dans un an, dans dix ans ?

BUENOS AIRES ENCORE

Mardi 20 Décembre 2011

BUENOS AIRES ENCORE

Comme nous avons prévu de rester deux journées supplémentaires à Buenos Aires, nous faisons ce matin nos adieux à nos compagnons de voyage. Finalement, un bon groupe homogène. Bien sûr, des affinités se sont nouées plus que d’autres, mais les relations et les échanges ont toujours été agréables avec l’ensemble des participants. Comme on sait que le Monde est petit, par deux fois, il y a même eu des rapprochements qui se sont fait par l’intermédiaire de connaissances communes restées à terre. Etonnant !

Sans jamais tenir la main de qui que ce soit, notre accompagnatrice, Agnès, a solidarisé notre groupe grâce à sa disponibilité, toujours prête à faciliter les choses. Elle a su aussi aller au-delà de son rôle en partageant ses connaissances étendues sur l’Antarctique, l’histoire des explorations polaires, la faune locale, la photographie. Elle nous a beaucoup appris. Et c’est écrit sans flagornerie !

Ces adieux faits, nous partons à la découverte de Buenos Aires, mais nous nous limiterons à quelques lieux précis de cette vaste agglomération. Pour 25 pesos (4.70 euros), nous partons en taxi vers le quartier de Recoleta, surtout connu pour son cimetière. Nous ne cultivons pas le morbide, mais nous aimons le monumental. Et là, nous sommes servis ! Dans ce Père Lachaise porteño, reposent toutes les sommités, les gloires et notables argentins. Pas forcément en paix, car cela est très visité. Des chapelles imposantes en marbre sont surmontées de clochers, de statues du Christ, de la Vierge, ou sont revêtues de nombreuses plaques. Le meilleur côtoie le pire… Ici, on fait dans l’ostentatoire : Des statues allégoriques, des généraux en bronze et en pied, des amiraux en buste, des obélisques, etc… Nous déambulons entre ces monuments dans des allées étroites où il y a de quoi se perdre. Nous sacrifions au pèlerinage imposé devant la chapelle où est enterrée Evita Peron, à laquelle les Argentins vouent toujours une dévotion quasiment religieuse.
Buenos Aires - Cimetière de Recoleta

Ensuite, nous marchons un bon moment sur l’avenue Quintana, bordée de beaux immeubles haussmanniens ou contemporains, les vitrines sont de bon goût. En regardant un de ces étalages, un porteño se mêle de notre conversation, ravi de pouvoir s’exprimer en français.

De nouveau un taxi pour nous rendre dans le quartier de Puerto Madero, à l’est de la ville. Comme partout, le port s’est déplacé, laissant derrière lui d’immenses friches le long des anciens bassins. Ce vaste espace a été transformé en un moderne quartier d’affaires aéré et agréable à parcourir. Des marinas ont pris possession des bassins, deux vieux gréements y finissent leur carrière, transformés en musée.

Bien sûr, des cafés et des restaurants se sont établis. Nous prenons là le meilleur repas de notre séjour, un déjeuner copieux pour 10 euros boisson comprise, avec entre autre un superbe pavé de bœuf cuit comme il se doit, servi sur une nappe blanche, et tout, et tout. Mais il paraît que le soir, ces restaurants ne pratiquent plus les mêmes prix…
Buenos Aires – Puerto Madero

En début de soirée, alors que la température est à peine descendue (29°C à 20h30), nous quittons l’hôtel. Nous n’avons pas tout vu, mais la Plaza de Mayo semble bouclée, en tout cas les voitures n’y circulent plus, et au loin nous entendons ce qui ressemble à une manifestation. C’est aujourd’hui le 10ème anniversaire de la grave crise économique qui a frappé l’Argentine et les  porteños le font savoir. Cela doit durer depuis un moment car le bel arbre de Noël et la crèche de la Place de Mayo sont partis en fumée dans l’après-midi. L’incident passe en boucle à la télé.

Buenos Aires – Calle Florida le soir

(Ecrit le 22 Décembre 2011 dans l’Airbus au-dessus du Brésil. Eh bien, ça remuait beaucoup moins dans le Drake !)

RETOUR A USHUAIA

Lundi 19 Décembre 2011

RETOUR A USHUAIA

Même pour le retour de croisière, mon sixième sens marin est encore en éveil. A 04h45, en vue du port d’Ushuaia, je sors de ma couchette pour me rendre sur le pont 5 pour aider le commandant lors de sa prise de quai…

Les cimes enneigées à l’ouest de la ville se teintent de rose ou de mauve. Encore une fois, je ne regrette pas d’être le premier levé pour profiter seul de ce genre de spectacle, (voir chapitres précédents).
04h45, en rade d’Ushuaia, peu avant l’accostage et la fin de « l’expédition »

A 05h00 précises, le soleil sort des montagnes et le FRAM accoste le môle du port d’Ushuaia, marquant ainsi le terme de cette croisière exceptionnelle. Petit coup de blues…

Nous quittons définitivement le bord à 08h15 après avoir salué « l’expedition team » sur le quai. Il nous reste deux petites heures pour visiter la ville.
Ushuaia - Le remorqueur Saint-Christophe finit ses jours face à la Cordillère de Darwin

A peine avons-nous eu le temps de faire la traditionnelle photo devant le panneau « USHUAIA Fin del Mundo », que Nelly apercevant une boutique de souvenirs de l’autre côté de l’avenue s’y est précipitée. Je vous laisse deviner la suite…

Ushuaia, c’est deux rues parallèles à la mer et quelques transversales. Des constructions disparates, très modernes ou très kitsch, souvent très colorées. C’est vite visité. La circulation de la petite ville nous saoule déjà, c’est dire notre degré de déphasage. Après l’Antarctique, deux voitures et c’est déjà un bouchon…
Fin du monde, fin de la croisière et dernier regard vers le Fram

Que dire alors de Buenos Aires où nous avons atterri quelques heures plus tard. D’abord, le choc thermique : 34°C ! Beaucoup de circulation, de bruits, qui nous ont vite fait oublier l’air pur de l’Antarctique. A proximité de l’hôtel, nous déambulons sans but précis et trouvons par hasard une longue rue piétonne, la calle Florida. C’est la fin de la journée, c’est noir de monde. Le milieu de la rue est occupée par des vendeurs de tout et de rien qui étalent leurs objets à même le sol. Des babas-cool, péruviens, sans doute les mêmes que nous avions vus deux semaines avant à San Telmo. La foule circule de part et d’autres de ces vendeurs. Et puis des boutiques, plein de boutiques encore ouvertes malgré l’heure tardive !

A un carrefour, une sono joue un air de tango et deux couples dansent sur une piste improvisée et un attroupement est vite formé.

Buenos Aires, toujours tango, tango !

LA CHINE S'EST EVEILLEE

Dimanche 18 Décembre 2011 (suite)

LA CHINE S’EST EVEILLEE

J’avais arrêté mon dernier message juste avant que le commandant ne nous invite au pot d’adieu dans le salon panoramique du pont 7 et je ne pensais continuer ce blog qu’à Buenos Aires. Mais un évènement surréaliste m’oblige à reprendre la plume plus tôt.

En dehors de la flûte de champagne, le pot d’adieu est traditionnellement une cérémonie d’auto-congratulation où l’équipage remercie les passagers et inversement. Sur le FRAM, chaque pot d’adieu est suivi d’une vente aux enchères à but caritatif, dans le cas présent pour aider une association sur l’étude et la protection des albatros et une fondation britannique pour la préservation des anciennes bases antarctiques de Sa Majesté.

Le premier objet mis à prix est la carte papier où est tracée toute la navigation du FRAM durant cette croisière. Celle-là même dont je me demandais si elle n’était pas un objet de décoration lors de ma visite de la passerelle. Visiblement, elle était proprement tenue à jour avec les routes et les escales quotidiennes. Une belle carte marine couvrant la Terre de Feu, le Drake, les Shetlands du Sud.

J’ai omis de vous dire que nous avions à bord un groupe de seize Chinois venant de Pékin. On n’a pas tout compris. Peut-être faisaient-ils un voyage d’entreprise ou autre, on ne sait pas. Leur motivation pour les choses de la mer, l’observation de la faune ou la contemplation des paysages ne nous a pas semblée évidente, sauf à tout bombarder avec des appareils photos armés d’objectifs gigantesques… Soit !

La mise à prix de la carte marine a été fixée à 100 US$ par les animateurs et l’un des Chinois à accepté, puis surenchéri à toute nouvelle offre avec une certaine arrogance. Visiblement, il voulait cette carte et à n’importe quel prix. Un californien a été longtemps très intéressé et n’a pas ménagé ses efforts pour remporter l’enchère. Un ou deux Allemands ont à peine tenté leur chance. Aucun Français n’a même osé lever le petit doigt...

Les deux animateurs ont flairé le bon coup et fait durer le plaisir. Le Chinois et l’Etatsunien se sont bagarrés longtemps. A bout de souffle, le Californien a fini par lâcher prise à regret pour la plus grande satisfaction de tout le groupe de Chinois qui a enlevé la carte pour 5.000 US$. Une carte marine pour… cinq mille dollars (en chiffres et en lettres) ! Ce sont les albatros qui se sont frotté le bout des ailes de contentement…
La carte marine à 5.000 dollars !

Le second objet mis aux enchères était le pavillon de la compagnie qui a flotté dans la mâture du FRAM durant toute la croisière et dédicacé par la maistrance. Un drapeau historique avec le guindant complètement effiloché par l’ouragan de vendredi. Le Californien s’est porté candidat avec l’espoir de remporter cette enchère. C’était sans compter sur les mêmes Chinois qui l’ont obtenue pour la plus modeste somme de 700 US$.

Le pavillon de la compagnie adjugé à 700 US$.
L’usure du guindant atteste de la violence du coup de vent

Le troisième objet était la plaque du bateau réalisée par les membres philippins de l’équipage et mis aux enchères dans le but de les faire accéder à la culture, etc… Enlevée par un jeune couple de Chinois de Hong-Kong, qui n’avait rien à voir avec les précédents. Des gens charmants beaucoup plus policés, avec qui j’ai un peu sympathisé. J’ai cru comprendre qu’entre Pékin et Hong-Kong, il n’y avait pas que la distance qui séparait les deux régions. Ils ont eu la plaque pour 400 US$.

En quelques instants et alors que l’on ne s’y attendait pas, nous avons été rattrapés par la géopolitique mondiale. La scène que nous venions de vivre est à elle seule un résumé de notre actualité (et plus effrayant, sans doute de notre futur) : Les Etats-Unis qui s’essoufflent à s’accrocher à leurs acquis contre la Chine qui rafle tout. Ceci n’engage que moi, bien sûr !

Epilogue : Lundi matin à l’aéroport d’Ushuaia, j’ai eu l’insigne honneur de pouvoir regarder et même toucher une carte marine de 5.000 dollars. 5.000 dollars ! Je l’ai touchée, et depuis je ne me lave plus les mains !

Pour l’anecdote, le commandant avait annoté dans un coin de cette carte la distance parcourue durant cette croisière : 2.303 milles marins, soit 4.265 km.

CLAP DE FIN

Dimanche 18 Décembre 2011

CLAP DE FIN

Pour éviter qu’une seconde dépression ne nous rattrape, le commandant a poussé les feux cette nuit pour mettre ses passagers à l’abri. Sans doute une sage décision. Résultat, avec les horaires perturbés depuis les Shetland du Sud, nous avons presque douze heures d’avance à l’entrée du canal de Beagle. Et il va falloir patienter avant notre accostage prévu à 05h00 la nuit prochaine à Ushuaia. Un mal pour un bien, cela nous permet de naviguer à petite vitesse dans le fameux canal en vue des côtes chiliennes ou argentines, dont on distingue tous les détails.

Terre ! L’île chilienne de Nueva marque l’entrée du canal de Beagle.
Soulagement pour certains ou fin du voyage trop proche pour d’autres

En clair, ça sent la fin. Egoïstement, je vois arriver avec appréhension le moment du débarquement sur le quai d’Ushuaia. Je redoute ce moment incertain où je ne suis plus en bateau et où je ne suis pas encore revenu à la vie « civile ». Le voyage aurait bien pu continuer, je me sentais bien à bord et il n’était pas nécessaire que cela s’arrête si vite.

Je sais que beaucoup de passagers sont loin de partager ce point de vue, ceux pour qui le retour du Drake a semblé plus long que l’éternité. Le coup de vent a perturbé beaucoup de choses, empêchant nos excursions à terre de vendredi. Nous sommes donc à bord depuis jeudi en fin d’après-midi, et les moins familiers des choses de la mer ont hâte de se dégourdir les jambes…
La carte du parcours diffusée sur l’écran des cabines

Déjà faire un bilan de ces deux semaines inédites ? Pas facile !

Un voyage hors normes, bien sûr ! Hors normes par les paysages, hors normes par la faune, hors normes par la situation météorologique. Une voyageuse à bord à résumé : « Ce que nous voyons n’existe nulle part !», tout est dit.

Ce voyage n’a rien eu de commun avec ce que nous avions imaginé avant de partir, grâce aux récits ou photos consultables sur Internet, ou aux reportages.

Les grands regrets :

·      Le chenal Lemaire sans visibilité alors que nous savions que c’était « le » site grandiose le plus photographié de la région…

·      Ne pas avoir vu de cétacés (ou bien trop peu)



Largement compensés par de grands moments :

·      Le boulevard des glaciers sur le canal de Beagle

·      Le débarquement sur l’île Horn et la vision du Cap Horn au moment du coup de sirène du FRAM

·      L’île Deception et les formes fantomatiques de Whalers Bay sous les grains de neige           

·      Le tour du volcan de Stancomb Cove et les panoramas en noir et blanc

·      La marche dans la neige fraîche à Damoy Point

·      La progression du FRAM dans le pack en face de Petermann Island

·      La balade en PCB au milieu des glaçons et icebergs  au sud du chenal Lemaire

·      Le chenal Errera encombré d’icebergs bleus

·      Les manchotières  de Cuverville

·      Le coup de vent d’anthologie au sud de Livingston Island et la route suivie par le FRAM pour y faire face

Rien ne s’est déroulé comme prévu, et pourtant l’émotion a toujours été au rendez-vous.  L’Antarctique ne nous a pas montré son côté le plus riant. Et pourtant, comment ne pas déjà songer à y revenir ?

C’était nos impressions du Grand Sud. J’ai tenu cette chronique à chaud, au fil de l’eau. Peut-être manquait-elle de précision quant à la description de la faune, la localisation géographique ou les références historiques que je n’ai pas eu le temps de peaufiner à bord. Je me suis vite rendu compte de la difficulté de décrire correctement les paysages que nous observions ou les situations que nous vivions et je n’ai pas pris le temps d’une relecture approfondie pour améliorer le texte.

Ce blog n’est pas la vérité absolue, il traduit juste ce que nous avons vu et ressenti. D’autres voyageurs auraient sans doute écrit différemment. J’ai voulu conserver l’émotion plutôt que de privilégier la littérature, et j’ai voulu garder du temps pour le voyage plus que pour l’écriture. Je pense que je conserverai ce blog tel quel.
Les côtes argentines depuis le canal de Beagle

Je n’ai pas lu le blog rédigé en anglais par deux éminents membres de « l’expedition team » (un ornithologue et un biologiste-parasitologue), parce que ce blog n’était pas diffusé en totalité sur les écrans du bord et que les connexions internet sont d’une lenteur et d’un débit dont on a perdu l’habitude (et pourtant, quel miracle !). Il n’y donc pas plagiat, ni copier-coller de ma part. Il serait peut-être intéressant de comparer les deux blogs pour voir les similitudes ou les différences d’interprétation ou de ressenti sur les mêmes événements. Mais la lecture des deux blogs devrait certainement donner une vision complète de ce voyage hors des sentiers battus.

A lire, la suite de nos aventures à Buenos Aires dans deux jours…

CAP AU NORD

Samedi 17 Décembre 2011

CAP AU NORD DANS LE DRAKE

07h30, soleil enfin ! Le vent est bien tombé, plus de déferlantes. Le coup de vent est passé mais il reste une belle houle d’ouest. Le tangage devient plus supportable et la fin de la nuit a été réparatrice.

Peu de monde au restaurant pour le petit-déjeuner. Bien des passagers n’ont sans doute pas digéré le dîner agité d’hier soir, tout comme Nelly qui continue de somnoler dans sa couchette.

La nature humaine est bien dépourvue dans ces circonstances, chacun « réagissant » selon ces possibilités. Hier soir, il y a eu des scènes dignes de vidéo gag, de la vaisselle brisée mais aussi une ou deux chutes. Plusieurs passagers vissés sur les fauteuils des salons attendaient désespérément, le nez pincé et le regard vide, la fin de l’épreuve un petit sac à la main… Ce sont des scènes de la vie ordinaire sur tout bateau pris dans le mauvais temps. Et c’est vrai, pour qui n’y est pas habitué, le Drake c’est long et c’est dur.

Et pourtant ce matin, malgré la longue houle d’ouest, la mer à retrouvé sa tête des bons jours. Sous le soleil, elle est d’un bleu très dense qui m’étonne. Ce n’est pas le bleu méditerranéen ou alizéen, mais peu s’en faut. Surprenant ! Si ce n’est la température, la promenade sur les ponts extérieurs redevient presque agréable.
08h30. Hier soir c’était la tempête !

Encore bien peu de monde au restaurant ce midi. Décidément, ce coup de vent laisse bien des séquelles. Pour qui n’est pas en forme, le Drake doit paraître interminable et le bateau bien inconfortable. Mais le bateau (et c’est encore plus vrai en voilier), remet chaque partie du Monde à sa véritable place. Même arrivé au sud de l’Amérique du Sud, il reste encore 450 milles marins (environ 850 km), pour ne parvenir qu’aux îles Shetland du Sud, soit deux jours de mer dans le meilleur des cas. Même depuis le sud de l’Amérique du Sud, l’Antarctique n’est pas la porte à côté.

Superbe après-midi avec le soleil retrouvé et une mer praticable. Les damiers du Cap et pétrels géants jouent avec le bateau. Un albatros géant nous accompagne également, planant au ras des vagues sans un battement d’ailes. Majestueux.

Réparation de la bâche de couverture de l’embarcation de survie endommagée hier par le coup de vent

LES MERS DU SUD

Vendredi 16 Octobre 2011 (suite)

LES MERS DU SUD

L’épisode de ce matin pour violent qu’il fut, n’était que le hors d’œuvre de la journée. Ce matin, la mer n’avait pas eu le temps de se former et les violentes bourrasques aplatissaient les vagues, et sous la protection des îles Shetland du Sud, ce n’était pas si inconfortable, bien que tout soit relatif.

16h45, entre les îles Robert et Nelson, dès la sortie du chenal Nelson, changement de braquet pour attaquer le passage de Drake. Nous avons maintenant la mer du vent de ce matin, bien formée. Vue du hublot de notre cabine du pont 3, la mer est vraiment en furie, les crêtes des vagues sont scalpées par les violentes rafales et se perdent en larges traînées laiteuses. Le bateau qui progresse là-dedans à guère plus de huit nœuds, fend les vagues en hautes gerbes d’écume et d’embruns qui balaient les vitres du pont 4. Impressionnant, sublime, dantesque ! Tous les qualificatifs pourraient y passer.

Et je pourrai continuer la description en augmentant d’un cran à chaque fois…
Pris du salon panoramique du pont 7

Le bateau gite, tape quelque peu, tangue et roule, rien de bien méchant. Suffisamment pour incommoder les passagers qui ont de plus en plus de mal à se déplacer et n’ont rien à envier aux manchots… Dans les salons, les fauteuils tournent sur eux-mêmes. Les marins déposent négligemment et insidieusement des petits sacs aux endroits stratégiques.

Les vagues enflent encore au moment du repas. Sur les plus grosses vagues, le bateau se soulève fortement de l’arrière et vibre. De temps en temps, ont sent les pods sortir de l’eau et mouliner dans le vide en sifflant. Et dans la salle de restaurant, ce sont les montagnes russes. Autour du buffet, les passagers cramponnent leurs assiettes et regagnent leur place dans une valse hésitation qui pourrait être comique. Et malgré les circonstances, le personnel hôtelier reste toujours efficace.  

20h30, « your captain speaking… », d’un ton laconique et minimaliste, le commandant annonce que nous avons parcouru trente milles depuis notre entrée dans le Drake, nous subissons depuis le milieu de l’après-midi des vents d’ouest  de 10 à 11 Beaufort et des vagues de 8 mètres dont certaines de 12 mètres. Bonne nouvelle, la pression remonte lentement. Il nous rassure en expliquant que les bruits et les coups que nous ressentons sont tout à fait normaux et que le FRAM est un bon bateau. Il recommande aussi que les passagers prennent le temps d’admirer la nature, puis leur souhaite de passer une bonne nuit. Finalement, notre commandant à de l’humour !

C’était la chronique d’une journée ordinaire sur le Drake. Nelly qui avait vaillamment  tenu le coup tout l’après-midi, a payé son tribut à Neptune et au Drake après le dîner.

Et ce soir, la cafet est vide ou presque. J’y suis seul pour terminer cette page.

C’EST BEAU LES MERS DU SUD !

RECORD BATTU !

Vendredi 16 Décembre 2011

RECORD BATTU !

Navigation tranquille hier soir dans le détroit de Gerlache. Le FRAM se dirige vers les îles Shetland du Sud pour nos derniers débarquements d’aujourd’hui. Cette option permet de gagner quelques milles vers le nord, et même si cela n’est pas sur la route directe vers Ushuaia, cela permet de raccourcir la traversée du passage de Drake. En clair, cela sent déjà la fin des vacances…

En seconde partie de nuit, le FRAM aborde le large détroit de Bransfield. La mer et le vent ont dû quelque peu forcir, dans la couchette on perçoit que cela remue un peu.

06h30, le bateau se met à giter et à vibrer violemment. Quelques objets sur la table de nuit traversent la cabine en glissant sur la moquette, dans la salle d’eau, la bombe à raser tombe de son piédestal, ce qui n’était même pas arrivé en traversant le Drake à l’aller.

Visiblement, dehors ça souffle. Vue de notre hublot, la mer semble aplatie par le vent et la pluie violente. Cela paraît plat mais il y a des nuages d’embruns qui volent au-dessus de l’eau et de longues traînées blanches sur la mer. A l’aide de ses pods (nacelles orientables des moteurs suspendus à l’arrière de la coque), le FRAM semble faire demi-tour sur place à grandes brassées d’eau verte. C’est cette manœuvre qui a provoqué la gite importante et les vibrations.
Pris d’un hublot du pont 3. A plus de 200 km/h, le vent aplatit la mer.

Bigre, ça à l’air de barder dehors. Le commandant a peut-être besoin de moi en passerelle ? Je quitte la cabine et finalement m’arrête à la cafet du pont 4. A travers les larges baies, je vois la mer fumer sous les bourrasques, le vent emporte de larges nuages d’embruns qui passent à toute vitesse. Malgré le peu de visibilité, toute la surface de la mer est vert glauque entrecoupée de bandes blanches serrées. Impressionnant !

Bien au chaud dans la cafet, devant un café et un cookie, en hauteur, je suis incapable de juger la force exacte du vent ou l’état exact de la mer par rapport à ce que l’on ressent en voilier où l’on est en prise directe avec les éléments. Quoi qu’il en soit, c’est sérieux !

07h20, le haut-parleur grésille, une voix inconnue commence à s’exprimer : « Your captain speaking… ». Pour le coup, c’est vraiment très sérieux ! Grâce à mon mauvais anglais, je comprends qu’il est question de « double hurricane » et de vent à 60 mètres par seconde. Je n’ai pas idée de ce que cela représente, plus habitué que je suis avec l’échelle Beaufort et les vitesses en nœuds, et je ne suis pas assez bien réveillé pour faire la conversion rapidement. Le commandant annonce également que les ponts extérieurs sont fermés et plus catastrophique… le restaurant également !

Ce violent coup de vent est arrivé quelques heures avant notre escale du jour. Le bateau est encore abrité par l’île Livingston et va y rester pendant quatre heures à vitesse très réduite en faisant des ronds dans l’eau, des zigs, des zags, des allers et retours, gite et vibre à chaque virement de bord.

08h00, soulagement général, le restaurant est ouvert !

Inutile de préciser que le sujet de conversation du jour est tout trouvé.
No comment !

Nous avons subi cela toute la matinée dans un confort exceptionnel. Le FRAM nous prouve qu’il est un bon bateau et à part le premier demi-tour qui nous a tous surpris, chacun s’est toujours senti en confiance durant ce coup de vent. Sans doute le doit-on également à l’expérience du commandant et au professionnalisme de l’équipage qui nous ont permis de traverser cet épisode en sécurité.

Maintenant on peut vous le dire, l’anémomètre du bord a enregistré la plus forte rafale à 68,4 mètres/secondes, 246 km/h, 133 nœuds. Ce matin, il n’y avait pas assez de degrés à l’échelle Beaufort.

On a aussi cru comprendre que le commandant n’avait jamais subi un coup pareil.

Inutile d’ajouter que les deux débarquements du jour à Half Moon Island et Yankee Harbour ont été annulés ; adieu manchots à jugulaire,  phoques à fourrure et léopard des mers...

14h00, les ponts extérieurs viennent de rouvrir, fin de l’épisode. Du coup, on attaque le Drake plus tôt que prévu et Nelly tient le coup.

RECORD BATTU !


Trace GPS durant le coup de vent : Le cercle orange représente le début des hostilités.

L’île Livingston qui nous protège est en haut à gauche de la carte. Cela va durer quatre heures

OU EST LE PARADIS ?

Jeudi 15 Décembre 2011

PARADISE BAY & CUVERVILLE ISLAND

Quelle idée ont eu les chasseurs de baleines d’affubler au 19ème siècle ce lieu d’un nom pareil ?

Ce n’est certainement pas l’enfer, mais au moins notre purgatoire !

La neige nous accompagne bien avant notre arrivée dans cette baie, des icebergs défilent le long du bord, l’étrave fend une mince pellicule de glace de mer. Pas de vent, la neige tombe en petits flocons serrés. Dans les accalmies on arrive à supposer que le site pourrait être grandiose, avec le fond de la baie encombrée d’icebergs et en arrière-plan des amas de neige et de glace colossaux, mais l’impression est bien fugitive.
Avant d’arriver à Paradise Island

Les Argentins ont installé une « ville », quatre ou cinq baraquements en planches qui  abritent une station baptisée Almirante Brown. Quelques manchots Papous font le gros dos sous la neige, d’autres nagent près d’une petite plage.

Le but de la sortie de ce matin est l’observation des manchots, mais surtout grimper au sommet d’une haute colline qui domine le site d’où l’on doit avoir une jolie vue sur la baie et les bâtiments de la base argentine. Marcher dans la neige fraîche, n’est finalement pas notre truc. C’est épuisant ! Chaque pas posé en dehors de l’étroite piste se solde par une empreinte de 30 cm de profondeur dont il faut ensuite s’extraire avec difficulté. Sous la pression, le fond de cette empreinte prend une teinte bleue.

Nous nous arrêtons à mi-pente, déjà la vue est complètement bouchée par la neige qui tombe de plus en plus drue ; aller au sommet ne servirait à rien, si ce n’est au plaisir de redescendre en de longues glissades sur la pente neigeuse.

Comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous avons eu le privilège de poser le pied sur le continent Antarctique lui-même, alors que nous avions jusqu’alors débarqué sur des îles, mince satisfaction ! En fin de matinée, en rejoignant le PCB, nous sommes complètement trempés par la neige qui est tombée sans répit. L’appareil photo reflex, lui, n’a pas aimé ! Dorénavant, les photos se feront au jugé, sans l’écran de contrôle qui n’a pas supporté l’humidité. Alors Paradise Bay, on reste dubitatifs sur la dénomination… du moins pour aujourd’hui.
Aux commandes d’un Polar CirkelBoat. Les pilotes philippins effectuent un dur travail pour favoriser nos débarquements, dans le vent, sous la pluie, la neige, toute la journée. Sourire en prime. Chapeau !

Vous l’aurez deviné, sitôt l’appareillage du FRAM, la neige a cessé de tomber et la visibilité s’est largement améliorée, un pâle soleil essayait même de percer à travers la couche nuageuse. Nous avons ainsi fait une navigation somptueuse sur les eaux calmes du canal Errera. Une symphonie de bleus. Prudemment, silencieusement le FRAM louvoyait entre les nombreux icebergs qui encombraient le canal. Nous n’en avions pas encore vu en aussi grande quantité, ni d’aussi gros. ! L’eau, les icebergs, la neige, la glace au pied des montagnes, les reflets, que du bleu, du laiteux au plus cristallin, du turquoise à l’azur.
Iceberg dans le canal Ererra. Trop beau !

Lentement, le FRAM glisse vers l’île de Cuverville, (beaucoup de lieux ont été baptisés par le français Charcot ou le belge de Gerlache). Sous le vent de l’île et encore à bord, nous sommes déjà assaillis par une odeur insoutenable, les manchots ne doivent pas être loin.

En milieu d’après-midi, le PCB nous emmène vers la plage de Cuverville en zigzagant à travers une multitude de gros icebergs échoués près du rivage. Bluffant !

Nous débarquons sur une plage de gros galets ronds, parsemée de glaçons qui vont fondre sur place. A peine le pied à terre, les premiers manchots Papous nous accueillent. Il y en a partout qui se dandinent dans tous les sens ou qui se suivent régulièrement. Ils se rendent ou reviennent de la mer en suivant toujours le même itinéraire, leur allées et venues incessantes ont fini par creuser la neige d’une petite tranchée appelée « autoroute à manchots ». Chacune de ces autoroutes mène à une rookerie différente, il y a des croisements, des priorités, des collisions…

Nous-mêmes déambulons d’une rookerie à l’autre à observer les scènes de la vie ordinaire des manchots. A cause de l’hiver tardif, ils sont tous à couver sur des nids de cailloux. Dans un couple, celui qui ne couve pas passe son temps à regarnir le nid de petits cailloux qu’il va souvent piquer dans le nid du voisin qui fait part de son mécontentement. Tout ce petit monde évolue dans la boue et sur un lit de fiente inimaginable. Au nid, les manchots perdent leur beau plastron blanc…
L’une des nombreuses manchotières de l’île Cuverville.

Quelques skuas survolent et surveillent les rookeries en guettant le moindre œuf à chaparder, ainsi va la nature qui y trouve son équilibre. D’ailleurs, la vie de manchot vaut-elle d’être vécue ? Dans le froid, le vent, la glace, la neige, au bout du monde, inaptes à voler, les plus défavorisés sont obligés de gravir péniblement des hectomètres pour rejoindre leur rookerie de banlieue,  posée en haut de la colline bien loin de la mer, les plus nantis couvent pratiquement les pieds dans l’eau.

Jusqu’alors, nous n’avions pas encore vu autant de manchots. Nous avons passé une après-midi formidable à les observer tranquillement.

Pour nous aujourd’hui, le paradis s’est déplacé à Cuverville…

WEATHER PERMITTING

Mercredi 14 Décembre 2011

WEATHER PERMITTING

La nuit à été claire au mouillage de Port Lockroy, mais quand le FRAM a remis en route à 05h15, la visibilité était déjà bien réduite et n’augurait rien de bon. Et à 07h00, à l’entrée du canal Lemaire le temps était complètement bouché. Ce canal très étroit et escarpé entre l’île Booth et le continent Antarctique est « The Must » de la région. Et bien ce matin, c’est encore raté ! A peine devinons-nous le pied enneigé des falaises, seuls quelques icebergs dérivants font ce qu’ils peuvent pour égayer le paysage. Plafond bas, lumière en berne, nous naviguons à vitesse réduite dans un décor incertain qui se construit ou s’effiloche selon le vent. Il n’y a plus de limites précises au paysage qui évolue avec les changements de lumière. Plus d’horizon, plus de ciel, tout se mélange confusément. Des masses rocheuses surgissent furtivement  du ciel ou de la mer dans des formes fantasmagoriques et irréelles. Nous sommes aux portes d’un autre monde.  

Le chenal Lemaire, le coin le plus sublime de la péninsule antarctique !

Notre accompagnatrice a su nous vanter les mérites du gris dans la région !

Nous avons franchi le canal Lemaire avec la météo de la région. Rien à dire ! Et bien sûr dès la sortie, le ciel s’est éclairci suffisamment pour que l’on puisse deviner la forme de la côte recouverte d’une épaisse couche de neige et de glace aux reflets bleutés.

Pas de doute, nous sommes bien en Antarctique !

Notre staff a prévu de débarquer ce matin à Petermann Island et à la station ukrainienne de Verdnasky cet après-midi, ce choix s’avère rapidement impossible à respecter en raison de la densité du pack de glace. Les PCB auraient les pires difficultés à se frayer un chemin entre les blocs de glace, et leurs hélices n’y résisteraient pas. Hors de question de revenir à la nage !

C’est l’Antarctique, mais il semble qu’il y ait beaucoup plus de glace qu’habituellement à la même période. Les meilleures décisions comme les paysages sont sans cesse remises en question par la météo imprévisible. La philosophie du bord : toujours s’adapter !

C’est ce que fait notre commandant. Si les PCB ne peuvent franchir le pack, le FRAM est construit pour le faire. Il nous emmène jusqu’aux limites du raisonnable. Nous naviguons à petite vitesse dans une véritable mer de glace… Face à nous, la mer est couverte d’un pack dense que le bateau brise sur son passage. Nous sommes cernés de blocs de surface et de volume respectables. Quelques manchots s’agitent sur ces blocs, des phoques crabiers s’y reposent, imperturbables en voyant le FRAM passer tout près d’eux.
La station de l’île Petermann - Impossible pour les PCB de nous y débarquer, trop de glace !

Aujourd’hui est le centième anniversaire de l’arrivée au Pôle Sud de l’explorateur norvégien Roald Amundsen. Le commandant a décidé d’arrêter son bateau un peu au sud du 65ème parallèle pour célébrer cet évènement et de rassembler les passagers sur la plate-forme du pont 5 pour une photo souvenir, qui peut-être sera publiée dans le blog du FRAM. Le commandant, vous le reconnaîtrez facilement, il a une tenue noire et brandit fièrement un petit drapeau norvégien. Et nous, vous ne pouvez pas nous rater, nous portons une parka bleue !

(Comme je ne suis pas certain d'avoir de droits sur cette photo de groupe, voici le lien de la page concernée du blog FRAM. Nous sommes assis au premier rang - bonnet noir et casquette marine bleue :
 http://mvfram.blogspot.com/2011/12/14th-december-2011-65-11-south.html)

Nous avons ainsi atteint le point le plus sud de notre croisière. Il nous manque juste quelques milles pour atteindre le Cercle Polaire Antarctique, inatteignable aussi tôt dans la saison. Dommage de ne pas pouvoir ajouter cette ligne à notre palmarès ! Nous reviendrons !

Le FRAM fait donc demi-tour dans le champ de glace et retrouve un peu plus tard des eaux plus dégagées. Et puisqu’on ne peut pas débarquer à terre, nous allons débarquer en mer, afin de s’adapter aux circonstances. Avant d’entrer dans le chenal Lemaire, le commandant stoppe le bateau à l’ouvert d’une large baie où trônent quelques beaux iceberg et des glaçons de taille beaucoup plus modeste. Les PCB sont mis à l’eau vers 11h30 pour que les passagers puissent vivre une expérience inédite.

Chacun revêt une belle combinaison de survie rouge (et devient de plus en plus pataud), avant d’embarquer en PCB. C’est bien la première fois que j’ai l’occasion d’enfiler ce genre de combinaison (heureusement !).

Les PCB partent alors à l’intérieur de la baie pour s’approcher prudemment des icebergs ou zigzaguer à travers les glaçons. Fantastique ! Nous sommes au ras de l’eau, au niveau de la glace à contempler les anfractuosités bleutées des icebergs ou à nous étonner des réactions de trois manchots Adélie sur leur bloc de glace et quelque peu inquiets de nous voir si près d’eux. Chacun apprécie la chance d’avoir pu faire ce tour imprévu.
Balade en PCB à travers la glace et les icebergs. Magique !

En fin de journée, le FRAM remet en route vers le chenal Lemaire. Un peu de neige commence à tomber et la visi descend… Ce chenal n’était pas pour nous aujourd’hui !

Finalement, rien ne s’est déroulé comme prévu. Nous n’avons rien vu des sites incontournables espérés et pourtant c’est la journée la plus inédite de la croisière. La navigation dans le pack et la balade en PCB laisseront des souvenirs mémorables à plus d’un.

Weather permitting. Le temps l’a permis !

ANTARCTIQUE, ANTARCTIQUE

Mardi 13 Décembre 2011

ANTARCTIQUE, ANTARCTIQUE

07h00, entrée du chenal Neumeyer, un passage magnifique parait-il, mais ce matin, c’est vent et neige. On devine plus qu’on ne voit. Nous ne risquons pas d’oublier où nous sommes. Un vrai temps de la région…

Ce que l’on voit de mieux, c’est la glace de mer qui se forme en minces galettes et que fend l’étrave du bateau. Nous croisons quelques petits icebergs aux formes et contours indéfinis. Lors d’une accalmie, on imagine les formes incertaines des îles couvertes d’une copieuse épaisseur de neige.  Difficile de s’attarder trop longtemps sur le pont ou les coursives tant le vent glacial mord le visage.
Chenal de Neumayer

Ce matin, notre groupe a le privilège d’être le premier à débarquer sur l’île Wienke à Damoy Point. La visibilité est réduite, la neige vole, plus qu’elle ne tombe, en petits flocons serrés aiguisés comme des lames de rasoir. Il est prévu de visiter une ancienne station de recherche britannique utilisée jusqu’en 1993. S’y rendre est une autre histoire. Il faut marcher contre les bourrasques dans la neige fraîche qui bleuit sous chacun de nos pas. Au moindre écart, on s’enfonce jusqu’au mollet et il n’est pas rare d’être déséquilibré et même de tomber en s’enfonçant dans la neige. L’équilibre est d’autant plus difficile à conserver que les repères visuels disparaissent, tout est uniformément blanc gris, rien pour accrocher le regard… L’impression de marcher dans le vide. Epuisant !

A 200 mètres de là, dans de telles conditions la station de recherche que nous devons visiter paraît inaccessible. En fait, une petite cabane en bois. Tout ça pour ça ! Parvenus au but, nous pénétrons dans la cabane, tout est resté dans son jus : les boîtes de conserves sur les étagères, le réchaud et le four à pétrole, les livres, même un jeu de Monopoly réalisé sur place à l’époque, les bannettes des anciens occupants. Emouvant ! Et le (relatif) mauvais temps d’aujourd’hui donne la mesure de la précarité des conditions de vie dans ces petites bases.

Raid dans la neige fraîche pour rejoindre la cabane de Damoy Point.
En réalité, juste 200 m à parcourir !

Sur notre parcours, deux petites rookeries de manchots papous. Comme nous, ils font le dos rond contre la neige et le vent. Quelques manchots s’enhardissent vers le rivage et plongent rapidement dans la mer. Nous avons hâte d’avoir des conditions plus favorables pour les observer.

C’est le moment de parler de « l’expedition team ». Si le terme expédition est un terme surévalué, nous n’en vivons pas moins un voyage ou une croisière hors normes dans des lieux peu conventionnels. Nous devons cela à une équipe de passionnés qui n’hésitent à mouiller la chemise (et pas que la chemise) pour nous faire partager leur intérêt pour la nature ou la science. Mais ce sont eux aussi qui en détachement précurseur, reconnaissent et balisent les cheminements, se gèlent à longueur de journée sur le terrain lors de nos allées et venues à terre. Jusqu’au « team leader », Anja, une jeune femme allemande blonde (qui partage avec le commandant de bord toute la responsabilité, la sécurité et la réussite des croisières), qui n’hésite pas à séjourner dans l’eau en cuissardes pour assister l’accostage des PCB sur les plages et aider les passagers à débarquer. Tous font preuve de rigueur et d’un grand professionnalisme et de sympathie pour que cela se passe bien. Cela vaut également pour les pilotes philippins des PCB qui passent leur journée à la barre de leur canot face au vent et aux embruns ; eux, ne sont pas en vacances !

En tout début d’après-midi, le FRAM se déplace de quelques milles vers Port Lockroy, escale incontournable de toute croisière en Antarctique. Damoy et Lockroy sont les noms de deux mécènes français qui avaient financés l’expédition du commandant Charcot en 1903/1905. En remerciement de leur générosité, Charcot leur avait dédié ces lieux. En attendant que le vent se calme, le FRAM fait des ronds dans l’eau pendant plus d’une heure.

Port Lockroy était une ancienne base britannique établie durant la seconde guerre mondiale, tombée en ruines, puis réhabilitée par une association anglaise de sauvegarde du patrimoine. Ce lieu est surtout connu pour la reconstitution à l’identique de cette base avec tout le matériel et objets d’époque. C’est très bien fait et dès l’entrée dans la cabane, on est dans l’ambiance de l’époque.

Pour faire vivre tout cela, des volontaires séjournent ici durant la saison estivale (sic), et font tourner une petite boutique de souvenirs et de timbres. C’est aussi à Port Locroy que se trouve la seule boîte à lettres officielle de tout l’Antarctique.

Imaginez Nelly lorsqu’elle a entendu le mot boutique ! Elle qui n’en avait plus vu depuis quatre jours, ça l’a rendu fiévreuse ! Elle a trépigné d’impatience, et pas de chance pour elle, elle a dû attendre tout l’après-midi, cette fois-ci nous étions dans le dernier groupe à débarquer en début de soirée !
Damoy Point - La première manchotière de Papous

Les manchots Papous ont également investi ces lieux. Ils sont partout à couver autour et sous les bâtiments de la base, visiblement peu effrayés par les visiteurs qui envahissent leur domaine. Nous avons eu le loisir de les observer.

Le vent a régné tout le temps de notre escale, donnant une mer courte et hachée. Au retour , nous avons été copieusement arrosés par les vagues qui explosaient violemment sur la coque du PCB.

Nous avons reçu notre baptême de l’Antarctique.