RETOUR A REYKJAVIK

Mercredi 04 Juin 2014
 
 
Déjà ! Les toits de Reykjavik sont bien en vue lorsque je prends mon dernier quart sur le pont 5. J'y serais encore bien resté davantage ! Irrémédiablement, le FRAM pénètre dans le bassin du vieux port et accoste. Les aussières sont raidies et tout s'arrête !
 



Le tout dernier mille !

Les premiers passagers débarquent pour prendre leur avion, pressés de passer à autre chose. Pour nous, pas d'urgence, nous restons en Islande et nous jouons les prolongations à bord devant un dernier café et un dernier cookie à la cafet du pont 4.

Vers 10h00, nous nous résignons à quitter le FRAM bien à regret, et rejoignons notre gîte "Chez Monique" où nous passerons une autre nuit avant de partir à l'aventure pour un second tour d'Islande, dans le même sens, mais cette fois-ci en voiture de location.

Prêt pour de nouvelles aventures autour de l'Islande !
L'aventure, c'est bien mais le programme est chargé et je crois que je n'aurai pas beaucoup de temps pour poursuivre cette chronique quotidienne. On en reparlera plus tard !

 

 

L'heure du bilan

Nous avons réellement apprécié cette croisière qui était totalement inédite pour la compagnie Hurtigruten. Elle nous a permis de faire escale dans des ports parmi les plus isolés du pays, bien à l'écart du tourisme de masse.

Nous devons cela aussi au fait d'avoir embarqué sur un petit paquebot très manœuvrant qui pouvait se faufiler ou accoster quasiment partout, ce que les mastodontes des mers ne peuvent pas se permettre.

Cela fait aussi que nous avons toujours été en vue des côtes pour la plupart spectaculaires à contempler.

Les deux premiers jours nous avons eu une météo qui nous a fort désappointés, et finalement du très beau temps dans le nord et l'est de l'Islande, plus en demi-teinte dans le sud. Mais cela aurait pu être bien pire. Globalement, nous avons eu beaucoup de chance.

En conséquence, la mer s'est montrée clémente avec les passagers et tout le monde a fréquenté assidument le restaurant. Juste un peu de houle entre Djupivogur et les Vestmann.

Bien qu'à bord du FRAM, le rythme était plutôt croisière. Différentes excursions animaient les escales et chacun pouvait y trouver son compte en toute indépendance. Ces excursions n'étaient pas la priorité pour nous, sauf deux dans des sites où nous étions sûrs de ne pouvoir accéder ultérieurement en voiture.

Nous savions dès le départ qu'il s'agissait d'une croisière anglo et germanophone. Notre anglais pré-scolaire ne nous a pas permis de saisir toutes les subtilités évoquées par les éminents conférenciers du bord. Mais, on s'en est quand même bien sortis ! Un peu aidés dans les moments difficiles par deux membres de l'équipe, merci Corinna et Steffen, qui eux maniaient un français plus qu'académique.

Pour faire court, nous sommes très contents de notre périple et quelque chose me dit que l'on recommencera bientôt !

SURTSEY et les ÎLES VESTMANN


Mardi 03 Juin 2014


Le ciel a du mal à s'éclaircir ce matin. De gros nuages stagnent sur la côte. Durant quelques instants, il est possible de voir le sommet du glacier Myrdalsjokull et de son voisin l'Eyjafjallajokull, qui recouvre le célèbre volcan ayant provoqué tant de perturbations dans le trafic aérien en avril 2010. Deux grandes taches lumineuses dans un ciel chargé.
 
La côte sud de l'Islande est dépourvue d'abris naturels, aussi le FRAM a-t-il navigué toute la nuit et toute cette matinée en mettant directement le cap sur Surtsey, l'île la plus au sud-ouest du pays. Cette île est apparue sans prévenir, un matin de novembre 1963, sortant de la mer en bouillonnant. L'éruption sous-marine dura plus de quatre ans formant une nouvelle île de basalte et de cendres noires d'environ 2.7 km², mais les érosions marine et éolienne en ont quelque peu diminué la surface depuis 50 ans.
 

La côte Ouest de l'île de Surtsey

Vu du pont du FRAM, c'est sombre et guère accueillant. Cette île est sous très haute protection. Seuls, ne débarquent que quelques scientifiques venant y étudier comment la vie peut apparaître dans une nature vierge et hostile : d'abord quelques mousses ou lichens, des insectes et récemment quelques couples de macareux. Et le périmètre de protection est étendu puisque le FRAM reste à bonne distance, nous laissant un peu sur notre faim.
 

L'île de Surtsey et ses étranges figures psychédéliques
façonnées par le vent sur les cendres volcaniques

Néanmoins, ce tour de Surtsey est plutôt inédit dans un programme de croisière et enrichit notre connaissance du Monde. Nous sommes sans doute des privilégiés car je doute fort qu'il y ait beaucoup de navires qui viennent se perdre dans un endroit aussi isolé.
 
Le bateau fait ensuite route au nord-est vers les îles Vestmann, un archipel d'une quinzaine d'îlots inabordables, sauf Heimaey, la plus grande de ces îles.
 
Heimaey est pour moi l'un des temps forts de cette croisière. Cette île et son port sont en effet liés aux meilleurs moments de mes vieux exploits nautiques. La première fois était à la suite d'un changement d'équipage à Reykjavik. J'arrivais ici en ferry (pas vraiment un exploit…), et c'était en 1977, quatre ans après l'éruption qui avait à moitié enseveli la ville. Une luminosité exceptionnelle valorisait alors les couleurs jaune, rouge et noir du volcan dont la masse semblait encore écraser le village. Impressionnant !
 

L'entrée du port d'Heimaey...

Ce volcan était entré en éruption en janvier 1973, surprenant la population dans son sommeil, qui avait été évacuée dans l'urgence à bord des chalutiers restés au port à cause d'une tempête.  L'éruption avait également endommagé un câble électrique relié au continent. Sans électricité sur l'île, il avait également fallu évacuer les stocks de poissons vers l'extérieur. Et enfin, les Islandais ont gagné le pari insensé de pomper l'eau de mer pour arrêter la coulée de lave qui menaçait d'obstruer l'entrée du port, ce qui aurait été fatal à la survie de l'île, complètement tributaire de la pêche.
 
... et son chenal étroit et tortueux

Arriver sur cette île, puis gravir le volcan quatre ans après un tel cataclysme, ça laisse des souvenirs ! Et que sont quatre ans à l'échelle géologique de la Terre ? Brrr !
 
La seconde fois était en 1979, et cette fois-ci à la voile sans escale depuis Paimpol. Une arrivée en plein passage de front froid, sous des rafales violentes perturbées par les hautes falaises, à tirer des bords insensés dans un chenal sinueux et étroit avec un voilier sans moteur… Egalement impressionnant !
 
Aujourd'hui, du pont du FRAM qui pénètre dans le port, je revois immédiatement tout cela. Les hautes falaises à droite, l'étroit chenal puis le champ de lave noire à gauche, le tout toujours dominé par l'Eldfell, le volcan toujours rouge et noir, toujours impressionnant. Seule, l'agglomération semble s'être étendue.
 
A raser la falaise !

Nous sommes en escale à Heimaey pour l'après-midi, largement le temps de gravir le volcan Eldfell. Avant l'ascension, il faut traverser le champ de lave qui a enseveli plus de 400 maisons. Mais en presque 40 ans, les choses ont un peu changé. Ce champ de lave a été "domestiqué". Je me souviens de sentiers étroits, serpentant au gré de cette lave noire figée dans des formes fantasmagoriques, menaçantes et encore fumantes. Dans le contre-jour, c'était flippant !
 
Aujourd'hui, plus rien de tout cela, le champ de lave est toujours là, bien sûr. Mais l'érosion naturelle ou l'action de l'homme ont fait leur œuvre, des lupins bleus (plante invasive en Islande), ont réussi à y pousser, la mousse vert-de-gris gagne du terrain. Une large route bitumée dessert des carrières de matériaux et mène à une… déchèterie ! Eh oui, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Le tri sélectif peut mener à ce genre d'aberration !
 

A l'assaut du volcan Eldfell

Le volcan lui, est resté le même, une imposante masse de scories noires et rouge brique que nous gravissons lentement. Au sommet, les fumerolles et les odeurs de soufre ont disparu, mais de temps à autre nous sommes entourés d'air tiède dégagé par le sol. A quelques endroits, il est impossible de poser la main sur la pierre encore chaude.
 

La pente du cratère

Nous sommes arrivés aux portes des Enfers. Le volcan assoupi respire encore faiblement.  Pourvu qu'il ne se réveille pas sous nos pieds ! De son sommet, nous dominons le champ de lave, la ville, le port et toutes les îles Vestmann. Un joli spectacle bien mérité.
 
Heimaey vue de haut
400 habitations sont ensevelies sous le champ de lave.
Le FRAM est à gauche de la photo

L'escale se termine dans la soirée. Le commandant du FRAM nous fait preuve de toute son expérience en faisant faire à son bateau un demi-tour sur place dans le petit port, la proue et la poupe à toucher les quais opposés. En rasant les falaises qui bordent le chenal, le FRAM quitte sa dernière escale vers Reykjavik, le terme de sa croisière.
 
Une fois de plus, la croisière aurait pu durer bien plus longtemps. Les Vestmann disparaissent derrière l'horizon. Petit coup de blues passager…
 

Le quart d'heure culturel
 
Liens entre France et Islande (3/3)
 
D'abord médecin, Jean-Baptiste Charcot était surtout connu comme scientifique et explorateur des régions polaires. Au tout début du siècle dernier, il avait avec son trois-mâts "Pourquoi pas ?" exploré et cartographié la Péninsule Antarctique (là même où nous étions il y a trois ans !), où il retournera une seconde fois en 1910.
 
Toujours avec le "Pourquoi Pas ?", équipé comme navire de recherche avec laboratoires et bibliothèque, il s'est consacré ensuite à la découverte et l'exploration des côtes du Groenland, pour y mener de nombreuses expéditions scientifiques pluridisciplinaires. Ces voyages vers les régions arctiques l'ont amené à faire plusieurs escales à Reykjavik où il était notablement connu.
 
En septembre 1936, de retour du Groenland, il fait de nouveau escale dans la capitale islandaise pour réparer la chaudière du bateau avant de rentrer en France. Le navire est fatigué, la chaudière aussi, les réparations se prolongent, le report de l'appareillage devient critique à cause des conditions météo difficiles dans les mers septentrionales à l'automne.
 
Enfin le 15 septembre, le "Pourquoi Pas ?" quitte à la voile le port de Reykjavik. Rapidement, les conditions météo se dégradent. Au large de la presqu'île de Reykjanes, le vieux bateau est confronté à une tempête cyclonique qu'il ne peut étaler même en s'aidant de la chaudière à vapeur, à bout de souffle.
 
Charcot décide alors de faire demi-tour et de se réfugier à Reykjavik. A la merci des éléments déchaînés et d'instruments de navigation perturbés par les anomalies magnétiques de la région, le "Pourquoi Pas ?" dérive inexorablement de sa route sans que l'équipage ne s'en rende compte ou ne puisse maîtriser la situation. En cours de nuit, le vent forcit encore, les voiles sont mises en lambeaux, puis l'un des mâts s'abat en brisant les antennes radio, interdisant l'émission de tout signal de détresse.
 
Au petit matin du 16, le "Pourquoi pas ?" talonne sur des roches au large du Borgarfjördur, dans le nord-nord-ouest de Reykjavik, et sombre corps et biens sur les récifs de Hnokki. 40 hommes y ont laissé la vie, 23 corps furent repêchés dont celui de Charcot. Il n'y eut qu'un seul survivant, le timonier, qui a pu relater ultérieurement les circonstances exactes du naufrage.
 
Les sciences polaires venaient de perdre un de leur meilleur défenseur. L'humanisme et l'autorité scientifique de Charcot étaient unanimement reconnus et sa disparition avait suscité une vive émotion dans le cœur des Français, au point que le pays lui fera des obsèques nationales.
 
La perte tragique du "Pourquoi Pas ?" avait également marqué les Islandais qui connaissaient bien le bateau. Lors d'un service commémoratif à Reykjavik en hommage à Charcot et son équipage, chaque boutique de la ville était restée close. C'est la seule fois que cela s'est produit dans l'histoire du pays.
 
J-B Charcot et le "Pourquoi Pas ?" sont restés durablement gravés dans la mémoire des Islandais. Quarante et un ans après le naufrage, en 2007, l'Université d'Islande a ouvert dans ses locaux de Sandgerdi (près de l'aéroport de Keflavik) une exposition permanente très intéressante baptisée en français "L'Attraction des Pôles". Cette expo est consacrée à la vie et à l'œuvre scientifique du commandant Charcot, avec panneaux explicatifs et documents iconographiques en islandais et en français, des objets et une jolie maquette du "Pourquoi Pas ?". Un film en français (sous-titré en islandais) complète cette présentation émouvante. En 2014, cette exposition est toujours visible.
Et au Sea Baron, le restaurant que nous avions fréquenté le premier soir à Reykjavik, parmi le bric à brac disposé sur les murs figurent en bonne place, un drapeau français, un portrait de Charcot et un grand panneau explicatif en français et en islandais sur les circonstances du naufrage et les cérémonies d'hommage qui ont suivi.


   

 

DJUPIVOGUR, OU LES BRUMES D'ISLANDE

 
Lundi 02 Juin 2014

 


07h00, le FRAM jette l'ancre à Djupivogur, au large d'une côte basse et rocheuse qui vue de l'avant du pont 5 pourrait ressembler à certains paysages de Bretagne Nord. Une succession de pointes et un semis de roches empêchent le FRAM d'aller plus en avant.

De l'arrière du bateau la vue est bien différente, de longues falaises noires dominent de larges plaines, et plus en arrière-plan les montagnes sont faiblement enneigées.

Le MS FRAM au mouillage devant Djupivogur

A part quelques petits nuages accrochés aux lointains sommets, la matinée s'annonce radieuse. Nous sommes en escale ici une grande partie de la journée et comptons en profiter pour faire un peu de tourisme pédestre autour du village.

 

Après le débarquement en PCB, nous commençons donc notre randonnée vers l'attraction majeure de Djupivogur, un ensemble de 34 énormes œufs en pierre polie, baptisé "Eggin i Gleidivik" (les œufs de la Baie Heureuse). Ces 34 œufs tous différents correspondent à 34 sortes d'oiseaux présents sur l'ile, et respectent la forme et l'échelle.


Djupivogur - Les œufs de la Baie Heureuse,
le dernier rayon de soleil de la journée - Dommage !

Cette visite à peine terminée nous avons été rapidement surpris par l'arrivée de petits bancs de brume masquant de temps à autre un paysage devenant de plus en plus incertain. A priori, un joli point de vue domine le village et offre de belles vues sur la côte, mais le temps d'y arriver, tout avait disparu…

Vue générale de Djupivogur

Retour à bord en PCB, le FRAM est bien caché derrière la brume épaisse, n'apparaissant qu'au tout dernier moment, tel un vaisseau fantôme… Les GPS à bord de ces engins de débarquement ont bien aidé les pilotes.
 
A 17h00, c'est un brouillard dense qui tombe, cernant le FRAM juste au moment de l'appareillage. De l'avant, on ne voit pas clairement l'arrière du bateau. Cela va durer deux heures. Le FRAM navigue dans l'un des coins les plus mal famés d'Islande, (côte rectiligne et basse, roches éparses, etc, un vrai cimetière à bateaux !). Pas rassurant ! Heureusement, la technologie est là pour se situer sur la carte !

Au bout de deux heures, cette brume épaisse s'effiloche progressivement, laissant d'abord entrevoir des petits bouts de ciel, puis la surface de la mer, pour enfin disparaitre définitivement. Nous sommes sauvés !
 
Dans la soirée, les nuages cachent les hauts sommets de l'énorme glacier Vatnajökull. Dans la lumière qui descend, nous pouvons voir dans le lointain plusieurs langues glaciaires, typiques des paysages de la côte sud. Une autre facette de l'Islande.

 

 
Le quart d'heure culturel

Liens entre France et Islande (2/3)

Plus que la littérature, ce sont surtout les activités maritimes qui ont lié les deux pays.

Déjà, en 1198, un bateau islandais aurait débarqué et vendu de la laine dans le port de Rouen (ce qui ne serait à priori pas impossible, le point commun entre l'Islande et la Normandie étant les invasions Vikings). Rouen est d'ailleurs la seule ville de France ayant une traduction purement islandaise : Rúðuborg, qui est l'adaptation par les Vikings du nom médiéval de la ville.

En 1616, les premiers "pêcheurs d'Islande" embarquent de Dunkerque. A partir de cette date, les campagnes de pêche vont se développer progressivement depuis les côtes de Flandre, Normandie et surtout Bretagne, devenant essentielles pour l'économie de ces régions.

Les pêcheurs d'Islande appartiennent depuis longtemps à l'Histoire, tant en Islande qu'en France. L'âge d'or de la pêche s'est développé entre 1850 et 1935, surtout grâce aux Paimpolais qui allaient "à Islande" traquer la morue en armant une impressionnante flottille de goélettes. Ces pêcheurs étaient avant tout des ruraux qui trouvaient là le moyen d'échapper à la misère, payant au passage un lourd tribut à la mer glacée et impitoyable, qui s'ajoutait aux cadences de travail inhumaines et aux pénibles conditions de vie à bord. Au cours de cette période, les bancs d’Islande virent disparaître environ 400 navires et 4.000 pêcheurs.

Mais pour des raisons médicales ou d'intendance, il arrivait que les équipages de ces goélettes relâchent dans les ports ou fjords de l'est ou du sud du pays où ils étaient en général, bien accueillis. Les Paimpolais apportaient une touche d'"exotisme" à la population locale de l'époque qui vivait repliée sur elle-même dans ces régions reculées d'Islande.

Des milliers de marins français ont pris leurs habitudes dans certains fjords, s'y sont rassemblés le temps d'une escale pour réparer, échanger, commercer, se soigner. A la fin du XIXème, les Français ont installé à Faskrudsfjordur, dans l'est, une infirmerie, puis une chapelle et enfin, un hôpital en 1903. La suite est d'une logique implacable… Après l’hôpital, c'est le cimetière. Un carré d'une quarantaine de tombes de marins français existe toujours à la sortie du village.

Au fil du temps, Faskrudsfjordur est devenu le "Village Français", et l'est resté même si les marins ne l'ont plus fréquenté après 1930. Les plaques de rues sont toutes écrites dans les deux langues, le drapeau tricolore flotte au-dessus du petit cimetière et l'hôpital a fait l'objet d'une réhabilitation que la crise financière a sérieusement ralenti. (Tous les détails sur cet hôpital : ici). Cette réhabilitation a été achevée début juin 2014, et le vieil hôpital s'est transformé en hôtel. C'est mieux que de rester à l'abandon. Un petit musée consacré à la vie quotidienne des pêcheurs en Islande est en cours d'achèvement, de même que la chapelle qui n'attend plus que la pose de bancs et la consécration de l'autel pour reprendre du service.

Par ailleurs, une petite stèle en mémoire de 88 marins français tous disparus le 6 mars 1873 au cours du naufrage simultané de 12 goélettes et provoqué par un ouragan, a été érigée dans le petit cimetière entourant l'église de Stafafell, près de Höfn. Une autre stèle avec une citation tirée de "Pêcheur d'Islande", a également été érigée dans le vieux cimetière de Holavallagardur à Reykjavik, en hommage à plusieurs marins français qui y reposent.


L'Islande et la France est donc une vieille histoire !

SEYDISFJORDUR et ESKIFJORDUR

Dimanche 1er Juin 2014

 


Le FRAM a contourné la pointe nord-est de l'Islande durant la nuit et fait maintenant route vers le sud, autrement dit, nous attaquons la seconde moitié du parcours en longeant la région des Fjords de l'Est.
 
Et depuis le tout début de la matinée, l'Islande nous refait son show. Ciel pur, air limpide, franc soleil, étonnant ! Cette météo inédite nous incite à quitter la couchette au plus vite.


La côte Est de l'Islande
 
Nous suivons à toucher une côte montagneuse incrustée de multiples fjords. C'est moins abrupt, moins haut que ce nous avions vu précédemment, mais les cimes sont tout autant couvertes de neige. C'est tout simplement éblouissant !
 
Le FRAM navigue à petite vitesse sur les eaux calmes et incroyablement bleues du fjord de Seydisfjordur. A l'avant du bateau, c'est le rêve. Du grand spectacle ! Les cimes enneigées se reflètent dans l'eau, de nombreuses et très hautes cascades dévalent les pentes en stries parallèles, près des berges quelques fermes se sont implantées.
 

L'arrivée à Seydisfjordur - Y a pire !


Tranquillement, le FRAM gagne le fond du fjord et accoste au quai où s'amarre habituellement le ferry qui assure la liaison hebdomadaire entre le nord du Danemark et l'Islande. Et une fois n'est pas coutume durant cette croisière, nous avons droit à de vraies installations portuaires.
 
Blotti au fond d'une anse cernée par les montagnes, Seydisfjordur est un village unique en Islande, réputé pour ses jolies maisons. Cela tient peut-être à leur architecture un peu plus élaborée qu'ailleurs, la palette de leur teinte pastel, ou leur implantation autour de ce qui ressemble à un lac.
 

Seydisfjordur

Le phare de tous les croisiéristes en escale, c'est l'église. Et celle-ci ne déroge pas à la règle. Une jolie petite église en bois bleu pastel qui ajoute beaucoup de charme au village. La voute de la nef en arc de cercle est aussi peinte en bleu plus soutenu. Des fenêtres à petits carreaux éclairent la nef et le chœur, et laissent la vue sur la verdure environnante et quelques bouleaux rabougris.


L'église et les maisons de Seydisfjordur

Nous passons ainsi une bonne partie de la matinée, sous un généreux soleil, à déambuler dans les rues du petit village. Une jolie parenthèse dans le rythme de la croisière.
 


Néanmoins, appareillage en début d'après-midi ! La descente du fjord est aussi lumineuse que sa montée ce matin. Tous les fauteuils sont pris d'assaut et ça bronze à tout va, chacun en profite. Dès le changement de cap à la sortie du fjord, les nuages sont arrivés et le vent est monté brutalement. Sauve-qui-peut général !
 
Nous naviguons quelques milles avant de pénétrer dans le fjord d'Eskifjordur, notre escale de fin d'après-midi. Le ciel est resté bien voilé et nous découvrons un village aux maisons basses bien alignées, toutes construites parallèlement à la berge et étagées sur les pentes de la montagne. Chacune en soi n'a rien d'exceptionnel mais l'ensemble est assez harmonieux.
 

Eskifjordur
L'une des nombreuses cascades qui dévalent des sommets du fjord


Chacune de ces escales est le prétexte pour que quelques uns partent en excursion organisées sur des thèmes ou des destinations différentes. Pour nous, on verra plus tard. Ces pauses permettent également la mise à jour de ce blog.

 
Eskifjordur
  
Le fjord d'Eskifjordur
 
 
Le quart d'heure culturel
Liens entre France et Islande (1/3)
Les relations historiques, culturelles ou commerciales entre les deux pays ne datent pas d'hier.
Déjà au milieu du XIème siècle, un savant islandais était venu parfaire ses connaissances à Paris, suivi de plusieurs religieux.
Depuis longtemps les Islandais, grands amateurs de littérature, ont pérennisé leur histoire et leur culture à travers de longs récits épiques, les Sagas.
A l'inverse, c'est Jules Verne en 1864 qui a fait découvrir l'Islande aux Français en publiant le second volume de ses "Voyages Extraordinaires", le "Voyage au centre de la Terre".
Selon les réalités et connaissances de l'époque, Jules Verne s'est servi d'anecdotes historiques liées au pays pour emmener ses héros jusqu'aux bouches d'un volcan islandais bien réel, (mais éteint depuis longtemps), le volcan Snæfell, situé à l'ouest du pays. La suite du roman laisse libre cours à l'esprit visionnaire et prémonitoire de l'auteur en imaginant l'application de disciplines scientifiques qui n'existaient pas encore au XIXème siècle.  
En 1886, Pierre Loti, marin et romancier, popularise un autre aspect de l'Islande en rendant hommage aux marins paimpolais. Il écrit "Pêcheur d'Islande", participant ainsi à la connaissance de ce pays, même si l'action du roman ne s'y passe pas vraiment.

HUSAVIK et TORSHÖFN

Samedi 31Mai 2014
 
 
 

Nous nous réveillons en même temps que le bateau accoste à Husavik. Il pleut un peu, mais si cela ternit le paysage, cela n'altère en rien la visibilité.
 
La grande majorité des passagers a débarqué pour une excursion vers le lac Myvatn, un haut-lieu du tourisme nord-islandais (nous devrions voir ces sites dans la seconde partie de notre voyage). Le FRAM semble presque vide et nous prenons le petit-déjeuner au calme.
 



Si les Islandais ne pratiquent plus la chasse aux cétacés depuis plusieurs années, ils ont fait de Husavik la capitale de l'observation des baleines en armant toute une flottille d'anciens chalutiers qui emmènent passagers et curieux. Cela se fait également sur de longs canots ultra-rapides. L'industrie semble florissante et les baleines de la baie d'Husavik n'ont qu'à bien se tenir !
 

Navires "baleiniers" à Husavik

Chaque passager de ces bateaux est équipé d'une superbe combinaison de survie rouge avec une jolie capuche jaune fluo, et revêt également une brassière de sauvetage. Les quais de Husavik sont ainsi animés par les allées et venues des ces petits hommes rouges aux têtes jaunes et ce matin, quelques passagers du FRAM agrémentent la palette de couleur grâce à leur belle parka bleue électrique…
 

Jeunes chasseurs de baleine et canot rapide

 
La flottille d'observateurs de baleines partie, la petite ville s'apaise. En dehors des cétacés, son intérêt réside dans son église d'inspiration norvégienne et son clocher blanc et rouge.

 
Nouvel appareillage du FRAM en tout début d'après-midi. Nous longeons alors une côte basse d'où émergent quelques rares sommets, contrastant avec les paysages vus auparavant.  Comme il n'y a pas de chose de spectaculaire à voir, nous nous octroyons un long moment de détente dans le jacuzzi situé à l'extérieur du pont 7, heureux de clapoter dans les bulles. On s'y sent bien… jusqu'au moment de sortir !
 
C'est ainsi que nous arrivons à Torshöfn en début de soirée. Une fois de plus, notre commandant nous a montré tout son savoir-faire en glissant son bateau dans la passe d'entrée fort étroite.
 


Le terminal croisière de Torshöfn

Là encore, quelle a été la motivation du concepteur de la croisière pour programmer une escale dans ce petit port ? Nous débarquons dans un petit village, tout au nord-est du pays et à l'écart des itinéraires conventionnels, où il n'y rien d'autre qu'une énorme usine de transformation de poissons.
 
A 21h00, les déambulations des passagers du FRAM ont perturbé le paisible village. Quelques habitants ont fait ce qu'ils ont pu pour nous vanter leurs hobbies : objets sculptés, peintures, tricotage de gants ou de bonnets à mille années-lumière de la mode de Paris. L'église était même restée ouverte pour nous, là encore, pas grand-chose à voir !
 

Torshöfn et son église

Le spectacle, c'est nous qui l'avons fait lors de l'appareillage, à 23h00. Les personnels du port qui n'avaient sans doute jamais accueilli d'aussi gros navire et sans doute jamais de paquebot, saluaient les passagers avec leurs casquettes en nous criant de revenir l'année prochaine…
 
Le FRAM y a été de ses trois coups de sirène et Torshöfn a retrouvé son calme… pour un an, peut-être !
 
23h30, le soleil effleure tout doucement la surface de l'océan, mais une nouvelle fois ce sont les nuages qui gagnent la partie et tout le ciel commence à s'embraser.
 
 
Le quart d'heure culturel
 
 
L'islandais, comment ça se parle ? (suite)
 
 
Pourquoi le célèbre volcan Eyjafjallajökull s'appelle-t-il Eyjafjallajökull ?
 
 
Eh bien, pour la simple raison que tous les lieux et sites islandais ne portent pas de noms propres. Les noms de villes, de montagnes, de glaciers, de volcans, de rivières ou d'îles sont la juxtaposition de noms communs ou d'adjectifs.
 
 
Et notre volcan a pris en islandais le nom du glacier qui le recouvre et pourrait être traduit en français par "Iles-montagne-glacier", le glacier de la montagne des îles (sans doute les îles Vestmann, situées en face).
 
 
Ainsi, la capitale Reykjavik se traduit par "Baie des fumées".
 
 
La région de Landmannalaugar "Bains chauds des hommes de la campagne"
 
 
Le record de ce genre d'association revenant au petit village de Kirkjubæjarklaustur, "L'église de la ferme du couvent", que même les Islandais abrègent en "Klaustur" !
 
 
Toute la toponymie islandaise est ainsi faite de ces noms juxtaposés, ce qui est assez pratique. Avantage : avec un nombre réduit de mots, il est facile de comprendre les caractéristiques d'une région, d'un endroit. Inconvénient : cette simplicité fait que plusieurs sites similaires dans le pays peuvent porter le même nom.
 
 
Autre spécificité islandaise, l'absence de noms de famille. Ici, pour l'Etat-civil, on est d'abord un prénom. Ensuite, on est le fils ou la fille de son père, sans se soucier de lignée ou de dynastie. Tous les hommes portent le prénom de leur père complété avec le suffixe "son" et toutes les femmes portent également le prénom de leur père complété avec le suffixe "dottir".
 
 
Ainsi Jan, le fils de Erik, s'appellera-t-il Jan Eriksson et Sigrun, fille de Erik, s'appellera-t-elle Sigrun Eriksdottir ! S'il y a risque de confusion, on ajoute le prénom du grand-père paternel. L'annuaire téléphonique est donc une longue suite de prénoms, mais comme l'Islande est un petit pays, il parait que tout le monde s'y retrouve !
 
 
La liste officielle des prénoms est encadrée. Tout éventuel nouveau prénom est soumis à une commission idoine qui en vérifie la compatibilité avec la langue islandaise. A priori, pas de dangers de voir arriver des Brian ou Kimberley en Islande…
 
 
En règle générale, les Islandais sont très soucieux de la préservation de leur langue. Une ancienne loi interdit encore l'assimilation de mots étrangers. D'éminents linguistes retranscrivent dans la mesure du possible les termes scientifiques ou techniques actuels en juxtaposant les mots les plus anciens de la langue islandaise pour créer des termes contemporains. On évite de ce fait l'utilisation inconsidérée d'anglicismes, ce qui avec les nouvelles technologies est une véritable gageure non dénuée de poésie, ainsi un "téléphone" est-il traduit par "le fil qui parle", et un "ordinateur" devient-il "la magicienne qui calcule" ! Fallait le trouver !