GAMBIER, AUKENA


Mardi 30 Octobre 2018

Le soleil polynésien continue de bouder. Ciel gris, plafond bas. On aurait pu prétendre à mieux pour la région. Etonnant !

Vue sur le mont Duff, sommet de l'île de Mangareva
Le Boréal s'est déplacé de quelques milles à l'intérieur du lagon. En début de matinée, nous pouvons débarquer sur l'île d'Aukena, pour profiter d'une petite plage de sable fin et pour certains, visiter une ferme perlière située au-delà de la plage.


Plage d'Aukena


C'était sans compter sur l'arrivée d'une pluie fine qui a perturbé le déroulement de la matinée. Pourtant, malgré le manque de lumière, on tente de s'imprégner de la beauté du site. C'est paisible à souhait.




Le retour très agité à bord dans les canots pneumatiques a été copieusement arrosé en luttant contre le vent et des vagues très courtes. Change complet dès le retour en cabine !

Début d'après-midi, le Boréal remet en route et emprunte le même chenal tortueux pour sortir de l'atoll et gagner le large. Encore une belle leçon de navigation suivie à la passerelle !
Le chenal serpente à travers le lagon des Gambier
 

Les Gambier ne nous auront pas montré leur meilleur profil à cause de la météo maussade. Dommage de ne pas avoir pu mieux profiter de ces sites exceptionnels et si rares.

Une fois franchie la passe sud, le bateau fait route vers l'est et longe l'atoll inhabité de Temoe, l'atoll le plus oriental de la Polynésie Française.

Route vers l'atoll de Temoe, le plus à l'est de la Polynésie


17h55, le Boréal franchit le Tropique du Capricorne. Ensuite, cap au 107. Il ne reste que l'horizon comme seul décor. Le vent fraîchit et bien sûr la mer se creuse. Direction l'île de Pitcairn que nous atteindrons demain en milieu de journée.



GAMBIER, MANGAREVA

Lundi 29 Octobre 2018

Les Gambier, Mangareva, Rikitea ! Autant de noms qui fleurent bon la plaisance hauturière, celles des voileux tourdumondistes qui après les rigueurs d'une traversée du Pacifique depuis Panama entrouvrent la porte du paradis polynésien. Qui n'en a pas rêvé ?

Pour nous qui naviguons dans le sens inverse, le ciel maussade continue de nous accompagner mettant à mal ce rêve.

Arrivée pluvieuse aux Gambier

 05h45, les  Gambier se devinent derrière une brume et un crachin que ne renieraient pas normands et bretons, en ayant la curieuse impression de naviguer bien loin de la Polynésie.



Les îles Gambier émergent au centre d'un vaste atoll encore ouvert dans sa partie sud. Ces îles résultent de l'effondrement partiel du socle d'un immense volcan. A l'échelle du temps géologique, ce processus d'effondrement est toujours en cours et dans quelques millions d'années les îles auront disparu et le récif se refermera en enserrant complètement le lagon.


Entrer dans l'atoll demande beaucoup d'attention
 

En attendant ce jour, la partie sud de l'atoll est toujours ouverte à la pleine mer et c'est justement par là que notre Commandant a décidé d'entrer dans l'archipel. A cause des petits fonds, la navigation est précise en suivant des alignements donnés par des amers remarquables à terre (et aussi en s'aidant des radars et des cartes électroniques). Il faut éviter les blocs de corail au prix de changements rapides de cap et seuls les navires à faible tirant d'eau peuvent naviguer dans ces zones encombrées.

L'exercice est également corsé par la présence aléatoire (y compris dans les chenaux) de centaines d'installations de perliculture, justes matérialisées par de petites bouées. Un véritable slalom avant d'atteindre le mouillage au large de Rikitéa, la capitale des Gambier.

Le Boréal est mouillé très au large du village. Nous débarquons en tender et gagnons le quai où nous sommes accueillis par quelques percussionnistes et le traditionnel collier de jolies fleurs. Sous une pluie fine, les passagers se rendent près de la cathédrale où doit se dérouler un spectacle folklorique.

Cette cathédrale est le plus grand édifice religieux de Polynésie (voir encart ci-après). Le chœur et surtout l'autel sont entièrement décorés de motifs réalisés en corail et nacre. Etonnant.

Rikitea - La cathédrale Saint-Michel


Incrustations de corail, de nacres et de perles
 


Dommage que la partie folklorique de cette escale se soit déroulée sous la pluie. L'évocation d'une danse guerrière semblait bien pacifique…

Folklore mangarévien

La balade se poursuit sur les hauteurs du village jusqu'au petit cimetière où est édifié le mausolée du roi Maputeoa, premier mangarévien converti au catholicisme.

Le tombeau et le mausolée du roi Maputeoa dominent le cimetière communal
 

Rikitea, doit sans doute révéler d'autres charmes sous le soleil. Ce n'était pas pour nous aujourd'hui.

  
Il est probable que ce soient des navigateurs marquisiens qui aient peuplé les iles Gambier vers le XIIème s. mais il faut attendre 1797 pour qu'un explorateur britannique les aperçoive, et qu'un autre marin anglais, Beechey, y fasse escale en 1826.

A cette époque, les pasteurs anglicans ont déjà pris beaucoup d'avance dans la christianisation de la Polynésie, aussi les missions catholiques tentent-elles de rattraper leur retard en envoyant des religieux français qui s'installent dans l'archipel des Gambier. Ces îles deviennent ainsi le berceau du catholicisme en Polynésie et le point de départ de son expansion dans tout le Pacifique Sud.

Dès 1834, deux membres de la congrégation parisienne de Picpus, les pères Laval et Caret, entreprennent une évangélisation plutôt musclée des Gambier. Ces prêtres font d'abord table rase de toute la culture ancestrale en détruisant temples et idoles, en interdisant les anciennes pratiques coutumières et en imposant un code vestimentaire strict. Avec le renfort d'autres prêtres et les méthodes pour le moins autoritaires du père Laval, les Mangaréviens sont convertis de gré ou de force en moins de deux ans.

Mais à quel prix ? Les missionnaires ont également entrepris d'éradiquer l'indolence tropicale des habitants en leur inculquant les bienfaits du travail forcé. C'est ainsi qu'ont été édifiés une centaine d'ouvrages : des églises, des chapelles, un séminaire, un collège, une tour de guet et même une prison, etc… La population s'épuise à partir de 1841 dans la construction de la cathédrale (démesurée) de Rikitea dont les murs sont constitués de blocs de corail qu'il a fallu extraire et transporter à l'aide de radeaux sur des kilomètres à travers le vaste lagon.  Puis, il a fallu broyer et chauffer le corail afin de le transformer en chaux pour mettre en œuvre mortiers et enduits. Un travail de titans rythmé avec force Pater et Ave… Tout cela "Gratis pro Deo" !





Mais la conversion des âmes ne suffit pas au père Laval. Peu à peu, il régente tout aux Gambier, se comporte en despote spirituel et installe un Etat théocratique quasi dictatorial. Ces dérives inquiètent le Pouvoir en Métropole, et en 1871 le Gouvernement français fait pression sur l'évêque de Tahiti pour que le père Laval soit "exfiltré" au plus vite hors des Gambier.

Le bilan de la mission éducative et civilisatrice des "bons pères" reste à prouver. Tous les repères culturels anciens ont été balayés en quelques mois au grand désespoir de la population qui cherche à fuir coûte que coûte ce paradis que les religieux ont, par des méthodes discutables, transformé en enfer. En moins de cinquante ans, la population des Gambier chute de 2.100 habitants en 1838 à moins de 500 en 1885 !


DE FAKARAVA AUX ÎLES GAMBIER


Samedi 27 et Dimanche 28 Octobre 2018

Le ciel était bien chargé hier soir après avoir franchi la passe de Fakarava aux Tuamotu. Et ce matin le soleil a beaucoup de mal à émerger d'une épaisse couche nuageuse, provoquant de beaux effets colorés mais de bien courte durée.



Il y a de la route à faire entre Fakarava et les îles Gambier : 800 milles nautiques soit 1 480 km. Les Gambier sont très loin dans l'est de la Polynésie Française. Si Tahiti était à la place de Paris, les Gambier se situeraient à Bucarest en Roumanie.

Aussi, notre commandant fait-il preuve d'ingéniosité pour distraire ses passagers. En cours de matinée, il arrête le bateau le temps d'observer une colonie de fous, des oiseaux pélagiques en train de festoyer autour d'un banc de poissons ou bien prend-il le temps de longer un nouvel atoll.





Et des atolls, aux Tuamotu, il y en a : 84. Bien alignés en rangs parallèles, très bas sur l'eau et peu balisés, ils sont dangereux pour la navigation.

La nuit suivante, sans rien dire à personne, le Commandant à fait un léger détour pour passer le lendemain au nord d'un atoll célèbre : Mururoa, qui avec celui de Fangatofa ont été entre 1966 et 1996 les hauts-lieux de 193 essais nucléaires par la France. Le lieu ne peut laisser indifférent, le poids de l'Histoire est là, et de nombreux passagers se sont massés sur les ponts extérieurs pour voir l'atoll et les quelques rares constructions ou installations qui subsistent encore. 

L'atoll de Mururoa émerge de l'horizon



Seulement voilà, la zone est très sensible et sans doute encore classée "Secret Défense". Un violent grain de pluie est arrivé fort à propos pour que nous ne puissions rien voir alors que nous étions au plus près de l'atoll !


Ce que nous avons pu voir au plus près de Mururoa et au plus fort du grain
A vrai dire, depuis le départ de Fakarava, le  soleil polynésien brille par son absence et ne semble pas décidé  à illuminer la croisière…

FAKARAVA




Vendredi 26 Octobre 2018

Rapidement hier soir, le Boréal a doublé la pointe nord de Tahiti pour mettre le cap vers un des atolls du vaste archipel des Tuamotu : l'atoll de Fakarava, éloigné de 250 milles nautiques (460 km). Une nuit et une demi-journée sont nécessaires pour couvrir cette distance.
Début de journée dans le Pacifique


 



Reflets
Les atolls sont des formations coralliennes en forme d'anneau, émergeant à peine de la mer et sur lesquelles poussent nombre de cocotiers. Basses sur l'eau, ces îles sont peu visibles.

En vue de Fakarava

Néanmoins vers 11h00, l'atoll de Fakarava est en vue. Le Boréal franchit une large passe et termine sa navigation dans les eaux cristallines du lagon et mouille au large d'un petit groupe d'habitations.
A Fakarava

Nous débarquons en début d'après-midi et sommes accueillis par un petit groupe de percussionnistes et une vahiné qui nous remet le traditionnel collier de fleurs. Tradition oblige !



Ensuite, impossible de résister à une eau turquoise à 26°C…


Ensuite, impossible de résister à une eau turquoise à 26°C…


Fin d'après-midi, le Boréal reprend sa route à travers le lagon alors que le soleil se couche alors que la passe est à peine franchie.