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LA MEDITERRANEE

Depuis Gibraltar, le Bellot vire les uns après les autres les caps qui jalonnent la côte orientale de l'Espagne. L'allure est confortable, peu de vent,  mer plate, température très agréable sur les ponts extérieurs mais l'horizon est toujours voilé par une légère brume.

S'ils sont moins nombreux qu'en Atlantique, quelques cargos suivent des routes parallèles à la nôtre, sans doute vers Barcelone, Marseille ou Gènes.

 

Aujourd'hui, exploration d'un coin pittoresque du bateau. Sur chaque navire de la série Explorers, un salon un peu particulier a été aménagé sous la ligne de flottaison dans le but louable de faire ressentir et percevoir aux passagers le monde sous-marin.  Au-delà du pont 1, un escalier éclairé à minima semble aspirer le passager vers les abysses dans une ambiance digne des romans de Jules Verne.

Descente vers les abysses ?

Ambiance sous-marine au salon Blue Eye

Cet escalier mène au salon Blue Eye, autrement qualifié "espace multi-sensoriel". Ce salon d'observation inédit a été imaginé par Jacques Rougerie, architecte de renom qui s'est spécialisé depuis longtemps dans des modules expérimentaux de vie sous-marine. Aménagé dans la carène du Bellot, le design de ce salon évoque par ses courbes le corps d'une baleine. Deux grands hublots en forme d’œil de cétacé, permettent de voir la mer défiler sur la coque. Les différents bleus de la décoration ainsi qu'un éclairage adapté augmentent encore l'illusion.


Un œil de baleine et des méduses qui escaladent les miroirs : rêve ou réalité ?

Confortablement installé dans son fauteuil, le passager ressent de discrètes vibrations à l’unisson d'une mise en scène sonore évoquant la vie sous-marine et les dialogues des cétacés. Cette sonorisation due au compositeur de musique contemporaine Michel Redolfi favorise instinctivement le relâchement de la pensée et l'évasion cérébrale… C'est alors, un autre voyage qui commence.

Bien sûr, un bar a été aménagé dans ce salon atypique et les bulles de la flûte de champagne achèvent de transporter le passager dans un monde onirique où de jolies méduses électroniques grimpent le long des parois… Ce n'est plus le Bellot mais le Nautilus et Vingt mille lieues sous les mers !

Comme le navire est en route, le salon Blue Eye n'est accessible que peu de temps dans la journée et son intérêt plutôt limité, sauf à vouloir passer un moment dans un endroit déroutant. Il est probable qu'en escale dans les eaux tropicales et cristallines de la Polynésie ou de la Mer Rouge, la vision à travers les deux grands hublots doit être beaucoup plus attractive.

 


VERS LE DETROIT DE GIBRALTAR

Le Bellot a viré le cap Saint-Vincent, la pointe sud-ouest du Portugal, vers 03h30 cette nuit et infléchit sa route vers l'est, vers le détroit de Gibraltar qu'il devrait atteindre en fin d'après-midi et, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la météo va se montrer défavorable.

Hier soir, en visualisant un site de tracking maritime, le Bellot précédait de 20 milles (37 km), le porte-conteneurs Ever Given, celui-là même qui avait obstrué le canal de Suez après s'y être échoué en mars dernier. L'Ever Given a mis toute la nuit pour dépasser le Bellot sans que nous puissions le voir et ce matin c'est lui qui nous précède d'une vingtaine de milles. Retenu par les autorités du canal jusqu'en juillet, l'Ever Given a finalement déchargé sa cargaison à Rotterdam avec quatre mois de retard, puis fait escale en Angleterre avant de repartir vers l'Asie avec un chargement de conteneurs vides. Il va entrer en Méditerranée pour faire route vers le canal de Suez où on l'attend de pied ferme, (mais cette fois-ci, cela se déroulera bien). Nous sommes donc passés bien près d'un monument qui a tenu l'actualité mondiale en haleine durant une semaine. La mer n'est pas si grande ! 

Alors que le soleil brille largement depuis le début de la journée, une brume tenace s'invite dans la croisière en milieu de matinée. Ce phénomène n'est pas rare dans cette région à la météo complexe à cause des écarts de température entre la mer froide et l'atmosphère surchauffé au-dessus du Maroc et de l'Espagne. La visibilité va se dégrader durant la journée pour devenir quasiment nulle lors du passage du détroit en début de soirée.

Un roulier dans la brume


Sur cette croisière, et sûrement à cause des contraintes sanitaires, la passerelle n'était pas facilement accessible aux passagers, même aux plus motivés. Une vraie punition pour moi qui avait l'habitude d'y passer beaucoup de temps sur les bateaux fréquentés auparavant. La passerelle est en général un lieu privilégié d'observation, d'échange et d'information nautique qui m'ont manqué durant tout ce périple. Seules, deux brèves visites ont été organisées par le staff et commentées par un jeune élève-officier hyper-motivé pour expliquer tous les secrets de la navigation et l'utilité de la multitude d'appareils électroniques de la dernière génération qui meublaient tous les pupitres. Vraiment très intéressant mais j'ai été bien frustré!





Carte marine du détroit de Gibraltar

En toute fin d'après-midi, le Bellot parvient aux abords du détroit de Gibraltar et s'apprête à entrer dans le dispositif de séparation du trafic (DST). Malgré la faible largeur du détroit, (14 km entre la pointe de Tarifa et le Maroc), la brume est si dense que l'on distingue à peine la côte marocaine pourtant toute proche. Et de l'Espagne, on ne voit rien. Et le jour qui descend n'améliore pas la visibilité… Seuls, les sauts des dauphins et une famille d'orques en chasse apportent un peu de distraction dans cette grisaille.

Cruelle déception de ne pouvoir mieux observer cet endroit si particulier sur le plan géographique avec la proximité de deux continents, sur le plan nautique avec le seuil sous-marin qui sépare l'Atlantique de la Méditerranée et enfin sur le plan maritime puisque le détroit concentre tout le trafic marchand entre l'Atlantique Nord et la Méditerranée (et par extension l'Asie via le canal de Suez). 

Entrée sud du détroit de Gibraltar
 
Éclaircie éphémère sur le cap Spartel, la pointe nord-ouest du Maroc
 

En tout début de nuit, une timide et brève éclaircie lève le voile de brume sur la silhouette caractéristique du Rocher de Gibraltar, c'est lointain et ne dure pas bien longtemps. Mince consolation pour un lieu que j'aurais bien aimé revoir, pour y avoir vécu des moments homériques à la voile il y a bien longtemps…

Imperturbablement, le Bellot poursuit sa route et navigue maintenant en Méditerranée parallèlement à la côte espagnole. A minuit, il arrive presque à la latitude de Malaga.