ANAKENA et DEPART DE L'ILE DE PAQUES


Mercredi 07 Novembre 2018

Pour plus de la moitié des passagers, le voyage s'achève ici. 193 croisiéristes avaient embarqué à Papeete et plus de cent personnes débarquent ce matin pour prendre leur avion vers Santiago. Pour nous, le périple n'est pas encore terminé puisque nous restons à bord pour convoyer le Boréal jusqu'à Valparaiso au Chili. L'appareillage est prévu à 12h30, ce qui nous laisse le temps de dire au-revoir aux moais d'Anakena.

Anakena :L'ahu Nau Nau et le moai Ature Huki
Il est tôt et c'est le moment de profiter du site calmement. L'ambiance est paisible, à peine troublée par le bruit régulier du ressac sur la plage en contrebas. De rares visiteurs déambulent en silence au pied des statues ou prennent les derniers clichés. Quelques personnes sont assises dans l'herbe et semblent méditer, recueillies au pied des moais impassibles de l'ahu Nau Nau.

Dressés sur leur autel, les moais dominent les touristes qui les contemplent. Curieux face à face ! Peu à peu, une étrange conversation s'engage avec chacun des visages de pierre. Une conversation ? Plutôt une suite de questions qui immanquablement viennent à l'esprit sans obtenir de réponses alors que les moais se murent dans un silence énigmatique.  

Impassibles et énigmatiques, les moais d'Anakena

Pourquoi autant de questions sur l'île de Pâques : L'histoire s'est brutalement et tragiquement interrompue quand toute la population a été déportée au milieu du 19ème siècle et réduite à l'esclavage dans des haciendas péruviennes. Peu de Pascuans ont survécu à ce drame, bien peu ont pu revenir sur l'île. Toutes les transmissions orales et les coutumes ancestrales ont été irrémédiablement perdues et oubliées, brisant le lien entre cette époque et notre période contemporaine.


Depuis, archéologues, chercheurs ou scientifiques tentent de retisser les fils ténus de l'Histoire, aidés maintenant par du matériel performant ou des méthodes d'investigation très pointues. Mais on n'a toujours pas trouvé la clé qui permettrait de tout comprendre. Pourtant, on pense aujourd'hui avoir une idée à peu près complète de l'ancienne civilisation pascuane, mais des doutes subsistent toujours sur ce qui s'est passé sur les flancs du volcan Rano Raraku à la fin du 17ème siècle et aussi sur le transport des moais à partir de ce même lieu.


En toute bonne foi, les chercheurs ont émis des hypothèses très sérieuses sur ces sujets, mais aucune ne s'est avérée fiable et scientifiquement convaincante à 100%. Tout est possible mais rien n'est vraiment prouvé !

A quoi pensent les moais? Que veulent-ils dire ? Que regardent-ils ?


Alors, qui ? Pourquoi ? Quand ? Comment ? Ces interrogations, c'est toute la force profonde de l'île de Pâques. Ce qui fait que l'on veut y aller pour savoir, ce qui fait que l'on veut aussi y revenir pour comprendre, tout en sachant d'avance que le mystère ne se dévoilera pas.


Seuls, les moais d'Anakena connaissent les réponses et malgré la tentative de dialogue avec eux, ce n'est pas ce matin qu'ils vont les livrer !




Le même jour à 12h30 :
Après trois jours d'escale, le Boréal quitte le superbe mouillage d'Anakena et comme par hasard, le ciel se dégage rapidement et le soleil brille largement. Le bateau entame sa navigation parallèlement à la côte nord-est de l'île en suivant d'abord les rives basses de la baie de La Pérouse avec en arrière-plan, la face cachée du volcan Rano Raraku.

La face nord du volcan Rano Raraku


Le volcan Poike marque l'extrémité orientale de l'île de Pâques
Après que le Boréal ait contourné le volcan Poike qui marque l'extrémité orientale de l'île, quelques passagers se regroupent silencieusement à l'arrière des ponts, les yeux perdus dans le sillage. En arrière-plan, le profil du volcan Poike se dilue lentement et finit par disparaitre sous l'horizon.
Dernier regard sur une escale exceptionnelle
L'île de Pâques gardera encore longtemps ses secrets !


AHU TONGARIKI


Mardi 06 Novembre 2018 (Après-midi)


13h00, après avoir arpenté le volcan Rano Raraku, retour à Anakena où les passagers étaient conviés à un grand barbecue installé sous les cocotiers en haut de la plage ; les grillades étaient excellentes.

Le Boréal au mouillage devant Anakena
Cela a été l'occasion d'un petit intermède folklorique d'inspiration très polynésienne avec un groupe de chanteurs s'accompagnant à l'ukulélé et aux percussions. Vinrent ensuite danseurs et danseuses parodiant une chorégraphie guerrière. Le thème est habituel dans les îles, mais ces guerriers-là étaient beaucoup moins vindicatifs que leurs cousins marquisiens qui nous avaient tant impressionnés il y a quelques années…  


Par contre, l'arrivée de danseurs athlétiques mais peu vêtus n'a pas manqué de provoquer quelques syncopes parmi certaines passagères très admiratives… 

L'arrivée des danseurs pascuans...

... qui vont se joindre aux jolies danseuses pour une chorégraphie guerrière


Ce matin, lors de notre déambulation sur les pentes du volcan Rano Raraku, nous avions pu dominer de loin l'imposant ahu Tongariki implanté dans un cadre très sauvage.

Vu du volcan Rano Raraku, l'imposant ahu Tongariki...
... et ses 15 moais

L'après-midi, visite de cet ahu qui est surmonté de quinze moais dont l'un mesure neuf mètres de hauteur. C'est le plus grand autel de l'île par la longueur et le nombre de statues. Cela en impose !

Comme partout, les moais de Tongariki ont été renversés par les Pascuans eux-mêmes à la fin du 17ème siècle. Dans les années 1960, un violent tsunami a fini le travail en dispersant les pierres déjà à terre sur plusieurs centaines de mètres. En 1994, une entreprise japonaise a financé les fouilles en vue de la restauration de l'autel et du relevage des moais. Il s'agissait d'une société de grutage qui a même amené le matériel ad-hoc depuis le Japon. Un sacré coup de pub !  

Le plus haut moai mesure 9 mètres !

Mais le résultat est là, quinze moais parfaitement alignés dans un cadre majestueux, au pied des contreforts du volcan Poïke et tournant le dos à la mer en furie. Eh bien, se trouver au pied de quinze moais impassibles qui vous toisent et vous dominent, finalement, ça rend humble !




Tongariki est ainsi devenu l'image représentative de l'île de Pâques et de la civilisation Rapa Nui. Grandiose !




TROIS P'TITS TOURS, ET PUIS S'EN VONT…

Élucubrations personnelles au sujet du tourisme à l'île de Pâques

Quel regard les moais peuvent-ils porter sur l'évolution de l'île de Pâques ?

Début 1984 en arrivant à l'île de Pâques en voilier, j'ai eu l'immense chance de visiter quasiment seul les principaux sites archéologiques. En ce temps là, l'île n'était reliée au Chili que par un vol hebdomadaire en Boeing 707… Ultérieurement, les U.S.A. ont considérablement allongé la piste d'aviation pour qu'elle serve éventuellement de piste d'atterrissage d'urgence pour les navettes spatiales. Dès lors, les gros porteurs ont pu déverser quotidiennement leur flot de visiteurs.


1984, c'était l'époque où les sites étaient en accès totalement libre et illimité. Si l'usage imposait toutefois de ne pas marcher sur les ahus fraîchement restaurés (tabou), il était tout à fait possible de caresser les moais renversés (je l'ai fait !).


Les années ont passé et pour avoir vu plusieurs documentaires à la télé, j'ai bien compris que les temps (et les lieux) avaient un peu changé…


Pour réguler l'afflux des touristes et générer quelques subsides, le Chili a transformé l'île en parc national et procédé à nombre d'aménagements devenus nécessaires. Au grand dam des Rapa Nui, les chiliens continentaux sont arrivés en masse et ont rapidement confondu parc national et parc d'attractions. Les autres visiteurs n'ont pas été en reste.


Sur place, des barrières ont été édifiées, les marges de recul autour des monuments se sont élargies pour maintenir les curieux à distance, des cheminements stricts canalisent les visiteurs et des cerbères rabrouent vertement ceux qui s'aviseraient malencontreusement de poser un pied en dehors des zones balisées. L'organisation des visites est devenue quasi militaire, voire dictatoriale…


Depuis la fin 2017, la gestion du parc de l'île de Pâques a été irrévocablement transférée du Chili aux Rapa Nui qui le réclamaient depuis longtemps. Le billet d'entrée (80 US$, tout de même) est certes valable 10 jours, mais ne permet qu'une seule visite de chaque site. Impossible de revoir une seconde fois les mêmes moais pourtant situés en pleine nature !


Carrière de pukaos (coiffes) de Puna Pau

A Pâques comme partout ailleurs, les excursions en groupe (dont celles programmées par Ponant) nécessitent de faire confiance à une agence à terre en charge de la logistique des déplacements et des visites, laquelle agence locale en maintenant le départ des circuits depuis le village d'Hanga Roa, n'a visiblement pas voulu tenir compte du changement d'ancrage du bateau nécessité par la météo.


Soit ! Mais la précarité des débarquements de passagers à Hanga Roa n'est pas une nouveauté et le Boréal n'est sûrement pas le premier bateau à se réfugier dans la baie d'Anakena en cas de forte houle. Malgré cela, il n'y a pas eu de plan B prévu par l'agence locale pour optimiser le déroulement des visites, d'où des transferts en bus, fastidieux et sans aucune logique, faits au détriment de l'observation des sites archéologiques.


Il en résulte l'impression bizarre et déplaisante que les Rapa Nui ont peur que l'on contemple trop longtemps et de trop près les sites qu'ils désirent nous faire découvrir, et qu'ils ne semblent pas avoir envie de se montrer à la hauteur des enjeux qu'ils prétendent défendre.


Les moais méritent-ils autant de déconsidération de la part de leurs descendants ?


C'est en tous cas, fort dommageable pour le visiteur que l'on prend pour une marionnette !