EN ROUTE VERS RANGIROA - Archipel des Tuamotu

Mercredi 03 Décembre 2014 - EN MER

La nuit a été raccourcie d'une demi-heure à cause du changement d'heure et le soleil s'est réveillé avant moi ce matin… même s'il fait encore la grasse matinée derrière les nuages. Rompant avec les habitudes, à peine levé, c'est sur le pont piscine que je m'accorde un long moment de contemplation avant le petit-déjeuner.


 
Le bateau taille sa route à travers le Pacifique. Dans le sillage, derrière l'horizon, les Marquises se sont éloignées. L'Aranui a accompli sa mission. Il a ravitaillé les îles, déchargeant produits alimentaires, matériaux, machines, véhicules… Il repart les cales pleines de coprah et de fruits produits par les agriculteurs locaux. Des Marquisiens sont également à bord pour rejoindre Tahiti.
 
Bien sûr, en tant que passagers, nous étions en dehors de ce système-là. Pourtant, nous n'étions pas que de simples croisiéristes consommateurs de paysages ou d'excursions sur un bateau de loisirs, mais plutôt des observateurs chanceux et privilégiés de la vie marquisienne sur un navire de charge, lors de chaque escale.
 
Vivre une croisière à bord de l'Aranui, c'est vivre un voyage différent. C'est cette idée qui reviendra toute la journée dans les conversations entre passagers. Une croisière "authentique" dira l'un, une croisière "utile" dira l'autre. Tout cela est d'autant plus vrai qu'aucun passager ne se montrera déçu par tout ce qu'il a vu ou vécu à bord.
 
Pacifique Sud
 
 
Ce jour de transition passé en mer va permettre à chacun de faire en douceur la liaison entre les Marquises et Tahiti.  C'est donc une journée de relaxation où chacun va et vient, discute, lit, plonge dans la piscine ou tout simplement, s'évade en fixant l'horizon. C'est le moyen de faire durer le voyage.

Un jour et deux nuits de mer entre les Marquises et les Tuamotu

 
 
Jeudi 04 Décembre 2014 - RANGIROA - Archipel des Tuamotu
 
Dernière escale ce matin à Rangiroa, le plus grand atoll des Tuamotu : 78 km de longueur, 33 km dans sa plus grande largeur, 200 km de périmètre, l'île de Tahiti pourrait tenir à l'intérieur de son lagon. C'est immense !
 
Atoll de Rangiroa - Dans la passe de Tiputa
C'est si grand, qu'à 07h45, une fine ligne noire barre tout l'horizon face à l'Aranui. Aux jumelles, les superstructures blanches du paquebot Pacific Princess dominent un paysage absolument horizontal. Progressivement, on finit par deviner une plage blanche infinie, et derrière, la cime des cocotiers.
 
Le lagon se vide et le courant provoque de beaux remous en accélérant dans l'étroite passe de Tiputa. Depuis le pont supérieur de l'Aranui, on domine largement un long ruban vert de cocotiers séparant l'océan du lagon.

Entrée dans le lagon de Rangiroa
 
Après la passe, le bateau doit contourner un îlot sablonneux avant de suivre un étroit chenal parallèle à la rive. Toute la surface est d'un bleu profond. Pourtant, dès l'entrée dans le lagon, la luminosité devient intense, c'est éblouissant.
 
A cause du manque de profondeur, l'Aranui est mouillé loin de la rive. Les chalands beachent sur une étroite plage de sable corallien. Aussitôt débarqué, chacun se réserve un coin à l'ombre avant d'aller se baigner.

No comment !
C'est vraiment tentant. La température extérieure, l'eau turquoise et tiède incitent à la baignade. Il y a aussi quelques blocs de corail à proximité, fréquentés par quelques petits bancs de poissons qu'on ne se lasse pas d'observer à travers le masque de plongée. La détente complète !

Nouveau pique-nique et barbecue à proximité de la plage. Nous sommes attablés sous un barnum pour goûter aux charmes de la cuisine polynésienne. Pas de nouveautés, mais c'est toujours aussi varié et délicieux.

 
Une escale aux Tuamotu n'est pas concevable sans la visite d'une ferme perlière. Cela nous en apprend plus sur la production des perles noires qui est une des activités principales de l'archipel. Après avoir écouté quelques explications théoriques, nous assistons au travail du greffeur, qui, avec précision et délicatesse, doit insérer dans l'huître un noyau (le nucléus) et un greffon. En réaction à ces intrus, le coquillage enrobe progressivement le nucléus d'une couche de nacre qui au bout de cinq ans donnera une jolie perle allant du gris clair au gris foncé avec souvent des reflets argentés ou verdâtres.
 
Greffe d'une huître perlière : précision chirurgicale
Il va sans dire qu'une telle visite se termine par un passage obligé dans la boutique de la ferme et que quelques passagères ont succombé !
 
Au bonheur des dames...
Appareillage à 15h00, en refaisant la route inverse pour rejoindre la passe de Tiputa, inondée de lumière. Arrivé à l'extérieur de l'atoll, l'Aranui contourne Rangiroa par le nord-ouest en suivant de près la côte basse où la mer déferle à l'infini en grosses vagues blanches sur le platier de corail. Nous longeons ainsi, pendant 3 heures et sur 55 km, une immense plage de sable blanc avant de gagner le large et pouvoir faire route directe vers Papeete, alors que la nuit tombe.

L'Aranui 3 au mouillage dans le lagon de Rangiroa
Et comme d'habitude à ce moment de la croisière, le moral est au bas ris ! L'idée d'avoir à faire les valises ce soir n'est pas réjouissante. Accoudé au bastingage, les Marquises et les Tuamotu dans le sillage, je me dis que le retour à Tahiti n'était pas si urgent. C'est toujours ainsi la veille de chaque débarquement, mais cela finit par passer.
 
Dernier dîner à bord. A la fin du repas, quelques membres d'équipage offrent un petit spectacle commençant par quelques accords de guitare et d'ukulélé qui accompagnent les chanteurs. Progressivement, les passagers se mêlent à la chorale et aux danses. Arrivent alors quatre autres équipiers plutôt musclés et tatoués, justes vêtus de pagnes en tissu, qui se lancent dans un haka marquisien avec tous les gestes et les hurlements de circonstance. Selon un rituel bien rodé, et il fallait s'en douter, ce haka évolue vers une chorégraphie autrement plus explicite. Les Marquisiens sont entre eux et cela amuse bien tout l'auditoire…
 
Et nos danseurs vont ensuite inviter tous les hommes de l'assistance à les accompagner. Si, si ! Bon nombre se porteront volontaires pour la suite de cette chorégraphie plutôt suggestive… sous les éclats de rire et les applaudissements du reste de l'assistance. Un vrai succès !
 
La complicité entre l'équipage et les passagers a permis la réussite de ce spectacle surréaliste qui n'était possible que sur l'Aranui. Pas sûr que la même scène aurait été imaginable sur un paquebot plus conventionnel !

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