APRES CROISIERE : MOOREA et BORA BORA

Du Vendredi 05 au Jeudi 11 Décembre 2014

Il était difficilement envisageable de rentrer directement à la maison sans faire un petit détour par une ou deux autres îles de la Polynésie. Et là, nous avons été très classiques !


MOOREA

A peine étions nous débarqués de l'Aranui que nous avons aussitôt pris le ferry pour rejoindre Moorea. Une traversée sans encombre d'une demi-heure et 20 km à bord du catamaran rapide Aremiti.

 
Arrivée à Moorea après une demi-heure de ferry
Nous avions prévu de séjourner trois jours dans un petit hôtel du nord-ouest de l'île. La route côtière pour s'y rendre nous offre de magnifiques points de vue sur le lagon et aussi sur les montagnes escarpées de l'intérieur. Au passage, nous pouvons admirer les deux magnifiques et profondes baies de Cook et de Opunohu, encaissées au pied de hautes montagnes. Des paysages spectaculaires, bien différents de ceux des Marquises.
 

Côte nord de Moorea
En Polynésie, été et hiver sont des notions assez floues, tandis que saison sèche ou saison humide ont un sens plus précis. Et depuis notre arrivée à Moorea, il semble que la saison humide ait quelques jours d'avance sur le calendrier… (ce qui ne va pas manquer de perturber le déroulement des activités durant notre séjour). Et à Moorea, quand il pleut, il pleut !

Nous avons quand même réussi à trouver un créneau pour faire une belle excursion en bateau (toujours et encore), dans le lagon entourant l'île. Cela a permis de prendre un peu de recul pour admirer les plus hauts sommets quand ils n'étaient pas dans les nuages.

Au cours de la balade, il y a eu un arrêt baignade pour admirer les plus gros spécimens de la faune sous-marine du lagon : des raies pastenagues et des requins pointes noires. Les raies sont vraiment impressionnantes par leur taille, leur rapidité et l'élégance de leur "vol". Féérique !

Quant aux requins, peut-être ont-ils eu l'appétit coupé en nous voyant ?  Ils évoluaient en grand nombre avec indifférence au milieu des nageurs… Pas rassurant ! Si l'on peut douter de la pertinence de ce genre d'observation, il n'empêche que la confrontation est plutôt inhabituelle.
 

Ces requins ne semblaient pas affamés !
La météo a bien voulu nous gratifier de quelques éclaircies, mises immédiatement à profit pour goûter aux charmes du lagon. Un rayon de soleil, ça change tout !

 
 
 
Moorea - Festival de bleus

 
BORA BORA
 
Au bout de trois jours, nous nous envolons pour Bora Bora, autre incontournable polynésien. A peine l'ATR avait-il pris un peu d'altitude que nous étions dans les nuages pour toute la durée du vol.
 
Après 45 minutes de vol, la descente sur Bora Bora est, parait-il, magique. Mais pour nous, la lumière n'est pas au rendez-vous, et vues du hublot, les couleurs de l'océan, du lagon et des sommets sont bien ternes !

En approche de Bora Bora dans les nuages
 
Survol du lagon
En sortant de l'aérogare de Bora Bora.
L'aérodrome de Bora Bora est situé sur un motu, un îlot à l'extérieur du lagon. C'est donc à bord d'une vedette rapide que nous rejoignons Vaitape, le village principal, avant de gagner notre hôtel dans le sud de l'île, en minibus.

Nous disposons d'une jolie chambre dans un faré les pieds dans l'eau : bien pratique pour se baigner… entre les averses !

Les éclaircies sont de courte durée. Cela se gâte dans la matinée du deuxième jour, où notre balade jusqu'au village de Vaitape est brusquement interrompue par une copieuse averse tropicale qui se prolonge jusqu'en fin d'après-midi, mettant un terme à nos envies de découverte de ce must polynésien.

Nous n'avions pas imaginé Bora Bora comme ça !
Le soleil a brillé... par son absence et la météo n'a donc pas été à la hauteur de l'idée que l'on se faisait de Bora Bora. Grosse déception !

Ciel matinal

Peut-être fera-t-il meilleur temps demain à Papeete ?

Aérodrome de Bora Bora
Dernier regard vers le mont Otemanu avant le retour vers Papeete


 

RETOUR A PAPEETE

Vendredi 05 Décembre 2014

Les heures restant à vivre à bord sont désormais comptées, pas question de traîner dans la couchette ce matin !

05h30, chacune sous leurs nuages, Moorea à tribord et Tahiti à bâbord sont en vue, confirmant, hélas, la fin inéluctable de la croisière…

Tahiti en vue au petit matin
Ne rien rater des derniers moments ! A 06h15, exceptionnellement, tous les nuages au-dessus de l'île de Tahiti s'évaporent provisoirement et l'on peut ainsi admirer le mont Orohena, qui culmine quand même à 2240 mètres au centre de l'île.

Après le petit-déjeuner, je remonte une dernière fois à la passerelle. Le bateau s'est bien rapproché de Papeete dont on voit les premiers immeubles et je ne rate rien des détails de la côte.
 
Les sommets de Tahiti sans les nuages
Peu après, je comprends que le Commandant a installé la chaîne qui ferme l'aileron de passerelle pour être au calme lors des dernières manœuvres dans le port. Je m'apprête donc à m'éclipser quand le Commandant et son second me rattrapent en me disant que je peux rester avec eux : "On sait qu'avec vous, il n'y aura pas de problèmes !".


Waouh ! Quel honneur ! Je reste à l'écart à gauche de la passerelle pour ne rien rater de l'arrivée. La vedette du pilote vient à la rencontre de l'Aranui. A 08h00, le bateau entre dans la passe de Papeete quand le pilote lui-même arrive et donne ses premières consignes. Je suis aux premières loges. Le bateau franchit les deux bouées de la passe, ralentit progressivement, longe la ville puis contourne le motu Uta avant d'arriver lentement au fond du port de commerce.

Arrivée à Papeete.
Derniers instants privilégiés à la passerelle
8h30, demi-tour devant le quai. Un lamaneur récupère les aussières pour que l'Aranui 3 puisse accoster. Le dernier ordre fuse, "TPLM !" : Terminé pour la machine ! En clair, c'est fini !

Il ne me reste plus qu'à remercier le Commandant et son second de m'avoir permis de les accompagner jusqu'à la fin du voyage avant de dire au-revoir aux amis que l'on a côtoyés durant la croisière.

Débarquement sur le quai de Papeete
Heureusement, l'aventure polynésienne n'est pas tout à fait terminée…












EN ROUTE VERS RANGIROA - Archipel des Tuamotu

Mercredi 03 Décembre 2014 - EN MER

La nuit a été raccourcie d'une demi-heure à cause du changement d'heure et le soleil s'est réveillé avant moi ce matin… même s'il fait encore la grasse matinée derrière les nuages. Rompant avec les habitudes, à peine levé, c'est sur le pont piscine que je m'accorde un long moment de contemplation avant le petit-déjeuner.


 
Le bateau taille sa route à travers le Pacifique. Dans le sillage, derrière l'horizon, les Marquises se sont éloignées. L'Aranui a accompli sa mission. Il a ravitaillé les îles, déchargeant produits alimentaires, matériaux, machines, véhicules… Il repart les cales pleines de coprah et de fruits produits par les agriculteurs locaux. Des Marquisiens sont également à bord pour rejoindre Tahiti.
 
Bien sûr, en tant que passagers, nous étions en dehors de ce système-là. Pourtant, nous n'étions pas que de simples croisiéristes consommateurs de paysages ou d'excursions sur un bateau de loisirs, mais plutôt des observateurs chanceux et privilégiés de la vie marquisienne sur un navire de charge, lors de chaque escale.
 
Vivre une croisière à bord de l'Aranui, c'est vivre un voyage différent. C'est cette idée qui reviendra toute la journée dans les conversations entre passagers. Une croisière "authentique" dira l'un, une croisière "utile" dira l'autre. Tout cela est d'autant plus vrai qu'aucun passager ne se montrera déçu par tout ce qu'il a vu ou vécu à bord.
 
Pacifique Sud
 
 
Ce jour de transition passé en mer va permettre à chacun de faire en douceur la liaison entre les Marquises et Tahiti.  C'est donc une journée de relaxation où chacun va et vient, discute, lit, plonge dans la piscine ou tout simplement, s'évade en fixant l'horizon. C'est le moyen de faire durer le voyage.

Un jour et deux nuits de mer entre les Marquises et les Tuamotu

 
 
Jeudi 04 Décembre 2014 - RANGIROA - Archipel des Tuamotu
 
Dernière escale ce matin à Rangiroa, le plus grand atoll des Tuamotu : 78 km de longueur, 33 km dans sa plus grande largeur, 200 km de périmètre, l'île de Tahiti pourrait tenir à l'intérieur de son lagon. C'est immense !
 
Atoll de Rangiroa - Dans la passe de Tiputa
C'est si grand, qu'à 07h45, une fine ligne noire barre tout l'horizon face à l'Aranui. Aux jumelles, les superstructures blanches du paquebot Pacific Princess dominent un paysage absolument horizontal. Progressivement, on finit par deviner une plage blanche infinie, et derrière, la cime des cocotiers.
 
Le lagon se vide et le courant provoque de beaux remous en accélérant dans l'étroite passe de Tiputa. Depuis le pont supérieur de l'Aranui, on domine largement un long ruban vert de cocotiers séparant l'océan du lagon.

Entrée dans le lagon de Rangiroa
 
Après la passe, le bateau doit contourner un îlot sablonneux avant de suivre un étroit chenal parallèle à la rive. Toute la surface est d'un bleu profond. Pourtant, dès l'entrée dans le lagon, la luminosité devient intense, c'est éblouissant.
 
A cause du manque de profondeur, l'Aranui est mouillé loin de la rive. Les chalands beachent sur une étroite plage de sable corallien. Aussitôt débarqué, chacun se réserve un coin à l'ombre avant d'aller se baigner.

No comment !
C'est vraiment tentant. La température extérieure, l'eau turquoise et tiède incitent à la baignade. Il y a aussi quelques blocs de corail à proximité, fréquentés par quelques petits bancs de poissons qu'on ne se lasse pas d'observer à travers le masque de plongée. La détente complète !

Nouveau pique-nique et barbecue à proximité de la plage. Nous sommes attablés sous un barnum pour goûter aux charmes de la cuisine polynésienne. Pas de nouveautés, mais c'est toujours aussi varié et délicieux.

 
Une escale aux Tuamotu n'est pas concevable sans la visite d'une ferme perlière. Cela nous en apprend plus sur la production des perles noires qui est une des activités principales de l'archipel. Après avoir écouté quelques explications théoriques, nous assistons au travail du greffeur, qui, avec précision et délicatesse, doit insérer dans l'huître un noyau (le nucléus) et un greffon. En réaction à ces intrus, le coquillage enrobe progressivement le nucléus d'une couche de nacre qui au bout de cinq ans donnera une jolie perle allant du gris clair au gris foncé avec souvent des reflets argentés ou verdâtres.
 
Greffe d'une huître perlière : précision chirurgicale
Il va sans dire qu'une telle visite se termine par un passage obligé dans la boutique de la ferme et que quelques passagères ont succombé !
 
Au bonheur des dames...
Appareillage à 15h00, en refaisant la route inverse pour rejoindre la passe de Tiputa, inondée de lumière. Arrivé à l'extérieur de l'atoll, l'Aranui contourne Rangiroa par le nord-ouest en suivant de près la côte basse où la mer déferle à l'infini en grosses vagues blanches sur le platier de corail. Nous longeons ainsi, pendant 3 heures et sur 55 km, une immense plage de sable blanc avant de gagner le large et pouvoir faire route directe vers Papeete, alors que la nuit tombe.

L'Aranui 3 au mouillage dans le lagon de Rangiroa
Et comme d'habitude à ce moment de la croisière, le moral est au bas ris ! L'idée d'avoir à faire les valises ce soir n'est pas réjouissante. Accoudé au bastingage, les Marquises et les Tuamotu dans le sillage, je me dis que le retour à Tahiti n'était pas si urgent. C'est toujours ainsi la veille de chaque débarquement, mais cela finit par passer.
 
Dernier dîner à bord. A la fin du repas, quelques membres d'équipage offrent un petit spectacle commençant par quelques accords de guitare et d'ukulélé qui accompagnent les chanteurs. Progressivement, les passagers se mêlent à la chorale et aux danses. Arrivent alors quatre autres équipiers plutôt musclés et tatoués, justes vêtus de pagnes en tissu, qui se lancent dans un haka marquisien avec tous les gestes et les hurlements de circonstance. Selon un rituel bien rodé, et il fallait s'en douter, ce haka évolue vers une chorégraphie autrement plus explicite. Les Marquisiens sont entre eux et cela amuse bien tout l'auditoire…
 
Et nos danseurs vont ensuite inviter tous les hommes de l'assistance à les accompagner. Si, si ! Bon nombre se porteront volontaires pour la suite de cette chorégraphie plutôt suggestive… sous les éclats de rire et les applaudissements du reste de l'assistance. Un vrai succès !
 
La complicité entre l'équipage et les passagers a permis la réussite de ce spectacle surréaliste qui n'était possible que sur l'Aranui. Pas sûr que la même scène aurait été imaginable sur un paquebot plus conventionnel !

DE NOUVEAU NUKU HIVA ET UA POU

Mardi 02 Décembre 2014

Le bateau est de retour à Nuku Hiva qui était la première escale de ce périple marquisien. L'Aranui est resté à quai toute la nuit. En conséquence, grasse matinée jusqu'à 06h00 ! L'Aranui revient ici pour recharger les conteneurs qui avaient été déposés pleins à l'aller et aussi compléter la cargaison avec du fret d'agrumes à destination de Tahiti.

L'escale est de courte durée et nous permet juste de trouver une connexion Internet dans un petit snack sur le "port", près du centre de Taihoae. Le port est en réalité un modeste quai où accostent les pêcheurs, où les plaisanciers accrochent leur annexe, et plus occasionnellement, où s'amarrent les tenders débarquant les passagers des rares paquebots qui croisent aux Marquises.

Avec ses grandes tables et ses bancs installés sous un barnum, ce snack est le point de convergence des pêcheurs qui viennent discuter et des tourdumondistes qui, comme nous, veulent se connecter à Internet. Le débit de celui-ci est bien lent et permet juste l'envoi de deux pages de photos. Ce qui laisse le temps de siroter un jus d'ananas en regardant l'arrivée dans la rade d'un petit paquebot, le Pacific Princess .
 
Rencontre en baie de Taiohae
Aujourd'hui, le temps est compté et à 08h30 nous reprenons le truck qui nous ramène à bord, juste avant l'appareillage. L'Aranui met alors le cap vers le sud, vers l'île de Ua Pou distante de 29 milles (53 km).
 
Cap vers l'île de Ua Pou
La mer est agitée, le vent souffle fort sur le travers. Il fait grand soleil et la visibilité est excellente. Depuis la coursive supérieure, on distingue parfaitement le profil complexe de l'île avec ses hautes pointes où stagnent les nuages. De toutes les Marquises, Ua Pou est la plus surprenante à cause de ces pitons, "les Piliers".
 

Le bateau doit faire demi-tour aussitôt entré dans la baie de Hakahau pour pouvoir aborder le petit quai. A cause du vent tourbillonnant entre les rives de la baie, la manœuvre d'accostage est délicate. Le commandant d'ordinaire très calme parait sur la défensive, distribuant à la radio des ordres brefs au poste avant pour mouiller l'ancre ou à l'arrière pour porter les aussières à terre. Il a l'œil partout, va et vient entre la passerelle et l'aileron tribord, faisant corriger en permanence la barre et le moteur. Finalement, la prise de quai se fait en douceur. Le commandant et le second paraissent bien soulagés.


L'Aranui au quai de Hakahau

Sport local : Jeune équilibriste marquisien
La manutention des conteneurs et des caisses de fret commence aussitôt l'arrivée du bateau. Et aujourd'hui, les grutiers, caristes et caliers doivent être particulièrement performants, car le quai doit être dégagé rapidement.


Ce quai est actuellement très court et ne sera bientôt plus adapté pour les escales du futur Aranui 5 (qui fera probablement sa croisière inaugurale fin 2015). Des travaux importants sont nécessaires pour le rallonger et la "première pierre" du futur ouvrage doit être posée ici en début d'après-midi.

Et aux Marquises, on aime bien mettre toutes les chances de son côté, alors autant placer cette "première pierre" sous la protection du Très Haut. On n'est jamais trop prudent ! C'est ainsi qu'un office religieux se déroule sur le quai avec tout le cérémonial marquisien qui l'accompagne : prières, percussions, guitares, conques et chants repris à l'unisson par tous les fidèles rassemblés sur le quai. Ces chants sont particulièrement impressionnants de force et de ferveur collective. Des passagers se sont mêlés aux habitants. Nous voyons et écoutons cela depuis la plus basse coursive de l'Aranui. Prenant !

Ferveur sur le quai de l'Aranui
L'Aranui est tellement important aux yeux des Marquisiens qu'il a même fait l'objet d'une intention de prière durant l'office… C'est dire ! L'Aranui et ses marchandises sont la vie même des Marquisiens. Cela méritait bien une bénédiction !

En quittant la dernière escale marquisienne
Le bateau largue les amarres dès la fin de la cérémonie et entame un savant demi-tour en marche arrière pour sortir du port. Ua Pou est la dernière étape de ce périple marquisien. L'Aranui contourne l'île avant de mettre le cap vers le sud-ouest et entamer le retour vers Tahiti. Bon nombre de passagers s'attardent sur les ponts ou les coursives, et contemplent Ua Pou qui s'éloigne dans le sillage.

Derniers regards vers les Îles Marquises

Derrière nous, la côte s'estompe lentement alors que le jour décline. A l'arrière du pont piscine, nous sommes plusieurs passagers accoudés au bastingage, silencieux. On devine les regrets de chacun d'avoir dû quitter les Marquises un peu trop vite.


Les Marquises, c'est fini ! La prochaine escale aux Tuamotu, dans trente-six heures, est comme un sursis dans ce retour vers Papeete.

Après le dîner, je m'accorde quelques moments à la passerelle. Il fait nuit noire, l'océan est vide, pas la moindre lumière à l'horizon. L'Aranui taille sa route : cap au 233, vitesse 13.5 nœuds, et 560 milles à parcourir entre Ua Pou et Rangiroa (Tuamotu).

A cette heure, c'est le lieutenant sécurité qui est de quart avec un veilleur. Le lieutenant est polynésien, originaire des Iles Australes, loin au sud de Tahiti. Son cursus maritime lui a fait découvrir Nantes et Saint-Malo. Confronté aux rigueurs de la Manche sur les ferries, il a préféré revenir en Polynésie.

Et puis cette nuit, il faut remettre toutes les pendules à l'heure de Tahiti : UTC-10:00.



 

UA HUKA

Lundi 1er Décembre 2014

Nous avions bien été prévenus la veille par nos différents guides : il ne fallait en aucun cas rater l'arrivée spectaculaire dans la baie de Vaipaee sur l'île de Ua Huka. Moralité : tout le monde a bien suivi le conseil, et malgré l'heure matinale, je ne suis pas le premier sur la coursive du pont supérieur. Grrr… ! Et de toutes façons, en prévision de l'affluence, le capitaine avait fort précautionneusement fermé la porte de la passerelle et aussi bloqué l'accès à l'aileron tribord avec une chaîne, pour assurer dans le calme le parfait déroulement de la manœuvre à venir.
Où est la Baie Invisible de Ua Huka ?
Sur la carte marine la baie de Vaipaee est nommée "Baie Invisible". Et pour cause, venant du sud-est, rien ne permet de la distinguer au milieu d'une côte rocheuse et découpée. Rien que de la roche ocre, pelée, dénudée. Ua Huka est une île plus basse que ses voisines, sans hauts sommets pouvant accrocher les nuages. Il y pleut rarement, d'où cet aspect désolé quand on l'observe de loin.
 
Et, vu du large, comment le capitaine va-t-il pouvoir trouver la "Baie Invisible" ? Elle ne se découvre qu'au tout dernier moment, au détour d'une pointe. Il s'agit plus d'un… fjord que d'une baie, un fjord marquisien encadré de falaises ocres avec une petite plage et quelques cocotiers au fond.
 
Mouillage difficile dans un fjord marquisien
C'est pour assister à cette arrivée que beaucoup de passagers sont réunis sur les ponts. L'Aranui pénètre très lentement dans le fjord et mouille son ancre, puis pivote doucement sur place. L'espace est restreint, et durant la manœuvre, la poupe est bien près des rives abruptes.
 
Demi-tour dans la baie de Vaipaee
Deux chaloupes sont alors mises à l'eau, afin de porter les aussières arrière à terre. L'opération est extrêmement périlleuse : la chaloupe est à toucher la falaise contre laquelle bat un fort ressac. Le barreur doit être concentré pour éviter que l'embarcation ne se fracasse alors que l'équipier choisit le moment opportun pour sauter sur les rochers avec une lourde aussière qu'il va fixer sur une bite d'amarrage en béton. Sans parler du retour du marin qui doit sauter dans la chaloupe : encore plus dangereux.
 
Exercice de haute voltige pour amarrer l'Aranui à Vaipaee
 
Le capitaine de l'Aranui termine l'opération en faisant raidir les aussières tribord et bâbord arrière pour mettre le bateau dans l'axe du fjord, la proue vers le large. Encore une manœuvre millimétrée parfaitement exécutée par des pros !
 
Comme à l'accoutumée, dès l'arrivée de l'Aranui, la halle près du quai est très animée. Ici, l'exportation d'agrumes parait importante. A l'écart des sacs de fruits, plusieurs femmes vendent des casse-croutes ou préparent des plats chauds qui mitonnent dans des cocotes en fonte. Une bonne occasion de papoter entre elles. Toute une activité se crée sur le quai ou sous la halle lors des escales du bateau, mais qu'en reste-t-il dès que l'Aranui a levé l'ancre ?
 
 

A Vaipaee, c'est près de la mairie que les habitants se sont réunis en nombre pour accueillir les visiteurs. Et l'accueil ici, c'est très sérieux. Toutes les femmes sont vêtues de robes différentes mais toutes coupées dans le même tissu imprimé de motifs marquisiens. Il en est de même pour les chemisettes des hommes. La cohérence de l'habillement n'est qu'apparente, car chacune ou chacun y a apporté sa petite touche personnelle.
 
Pas de fleurs cette fois-ci pour le traditionnel collier, mais des assemblages de grosses graines noires, blanches ou rouges du plus bel effet. Visiblement, les Marquisiennes se sont réservées toutes les fleurs de l'île pour confectionner de magnifiques couronnes multicolores qu'elles portent fièrement. De véritables œuvres d'art !
 
Droit à l'image préservé ! Dommage !
Les regards et les sourires étaient encore plus beaux

Sur une placette ombragée, un petit groupe de chanteurs et de musiciens donnent une aubade en accommodant un répertoire de très vieilles chansons françaises avec des rythmes polynésiens. Etonnant ! Ensuite, nous avons droit à une lente et ondulante chorégraphie de la part de six jeunes femmes. On tomberait presque sous le charme marquisien…
 
Le même soin et le même souci du détail se retrouvent dans le centre artisanal près de la mairie où sont exposés de jolis objets traditionnels ou folkloriques en bois sculpté. Les affaires ont été florissantes…
 
En face de la mairie, un petit mais très intéressant musée ethnographique : y sont entre autres exposés, des dessins ou photos de tatouages anciens, des grands panneaux en tapa mais aussi une importante collection de maquettes de pirogues en bois finement sculpté. Intéressant !
 
Un convoi de pick-up nous emmène jusqu'à l'arboretum de Papakeikaa, créé il y a 40 ans par Léon, l'ancien Maire. Un personnage truculent mais visionnaire qui voulait lutter contre la déforestation de l'île due à la sécheresse. Il a mis toute son énergie pour acclimater plusieurs variétés d'arbres extérieurs à l'archipel, mais aussi pour développer des pépinières d'arbres ou arbustes locaux mis à la disposition des îliens pour qu'ils les replantent chez eux. La tâche est immense, les moyens manquent de plus en plus et on sent Léon quelque peu désabusé…
 
Nous poursuivons notre visite en suivant une route en corniche qui, de virages en détours, surplombe une côte fortement découpée, pelée, sauvage où la mer bat violemment. Grandiose ! Mais en haut des falaises ocres, pas un arbre, rien. On est loin des paysages habituels marquisiens.
 
Le convoi s'arrête au milieu de nulle part. Deux immenses farés encadrent un vaste espace où s'est déroulé le Festival des Marquises il y a quelques années. Depuis l'estrade, nous voyons une troupe folklorique nous faire une impressionnante démonstration de haka, accompagnée de percussions, de cris rauques, de claquements de mains sur les cuisses. La symbolique guerrière, même si elle a évolué, est évidente et les Marquisiens ne manquent aucune occasion pour renouer avec les traditions.
 
Résurrection des coutumes ancestrales
 
Le convoi de 4x4 poursuit sa route jusqu'à Hane au sud de l'île, où nous déjeunons.
 
La visite d'un petit site archéologique est le prétexte pour une courte promenade digestive dans la vallée de Hane. Rompant avec le paysage habituel de l'île, cette vallée est très verdoyante et la végétation dense. Nous montons pendant une vingtaine de minutes sous un couvert d'arbres, bienvenus à cause de la chaleur. 
 
Site archéologique de Hane
 
Nous arrivons dans une clairière à flanc de colline pour découvrir quelques vestiges archéologiques : une terrasse empierrée, des blocs de roches volcaniques et trois tikis de petite taille. Rien de spectaculaire. La plupart de ces anciens sites rituels ont disparu au fil du temps, oubliés par les populations, recouverts par la végétation galopante et dégradés par la pluie et les glissements de terrain. Il ne manque que les explorateurs pour partir à la reconquête des nombreuses vallées perdues, pour retrouver, inventorier et valoriser des centaines de sites comme celui-ci.

Avec le médecin du bateau, je me suis néanmoins attardé à faire quelques photos des lieux. Nous redescendons ensemble vers le village en discutant. Il arrive quand même à faire un peu de tourisme entre deux consultations de bobologie à bord. A chaque débarquement, il emmène toujours dans son sac à dos la trousse à pharmacie, quelques instruments, un défibrillateur, etc... Pour le cas où… Sans oublier la radio VHF pour rester en liaison permanente avec le reste de l'équipage. En réalité, il n'est pas vraiment en vacances !

Les nouvelles vont vite. L'infirmière du village, est toute contente de le rencontrer et de lui faire visiter son infirmerie. Il arrive que le médecin de l'Aranui soit aussi le médecin du village le temps de l'escale pour soigner les habitants. Mais sur cette rotation, rien de grave.

Embarquement sur la plage de Hane à Ua Huka
Durant la journée, l'Aranui s'est déplacé jusqu'à Hane et a jeté l'ancre à proximité d'un énorme rocher en forme de pain de sucre qui ferme la baie. Notre rembarquement se fait directement sur la plage, et cette fois-ci dans les chaloupes plus manœuvrantes que les lourds chalands dans le ressac.
 
19h00, grande soirée polynésienne. Les tables ont été dressées sur le pont piscine et un beau buffet de spécialités tahitiennes attend les convives. Comme il se doit, chacune ou chacun a revêtu son plus beau paréo ou sa jolie chemise à fleurs pour respecter le thème de la soirée. Les élèves des activités chants et danses ont ouvert le spectacle après le repas pendant que l'Aranui accostait sans encombre à Nuku Hiva pour passer la nuit.