LA CHINE S'EST EVEILLEE

Dimanche 18 Décembre 2011 (suite)

LA CHINE S’EST EVEILLEE

J’avais arrêté mon dernier message juste avant que le commandant ne nous invite au pot d’adieu dans le salon panoramique du pont 7 et je ne pensais continuer ce blog qu’à Buenos Aires. Mais un évènement surréaliste m’oblige à reprendre la plume plus tôt.

En dehors de la flûte de champagne, le pot d’adieu est traditionnellement une cérémonie d’auto-congratulation où l’équipage remercie les passagers et inversement. Sur le FRAM, chaque pot d’adieu est suivi d’une vente aux enchères à but caritatif, dans le cas présent pour aider une association sur l’étude et la protection des albatros et une fondation britannique pour la préservation des anciennes bases antarctiques de Sa Majesté.

Le premier objet mis à prix est la carte papier où est tracée toute la navigation du FRAM durant cette croisière. Celle-là même dont je me demandais si elle n’était pas un objet de décoration lors de ma visite de la passerelle. Visiblement, elle était proprement tenue à jour avec les routes et les escales quotidiennes. Une belle carte marine couvrant la Terre de Feu, le Drake, les Shetlands du Sud.

J’ai omis de vous dire que nous avions à bord un groupe de seize Chinois venant de Pékin. On n’a pas tout compris. Peut-être faisaient-ils un voyage d’entreprise ou autre, on ne sait pas. Leur motivation pour les choses de la mer, l’observation de la faune ou la contemplation des paysages ne nous a pas semblée évidente, sauf à tout bombarder avec des appareils photos armés d’objectifs gigantesques… Soit !

La mise à prix de la carte marine a été fixée à 100 US$ par les animateurs et l’un des Chinois à accepté, puis surenchéri à toute nouvelle offre avec une certaine arrogance. Visiblement, il voulait cette carte et à n’importe quel prix. Un californien a été longtemps très intéressé et n’a pas ménagé ses efforts pour remporter l’enchère. Un ou deux Allemands ont à peine tenté leur chance. Aucun Français n’a même osé lever le petit doigt...

Les deux animateurs ont flairé le bon coup et fait durer le plaisir. Le Chinois et l’Etatsunien se sont bagarrés longtemps. A bout de souffle, le Californien a fini par lâcher prise à regret pour la plus grande satisfaction de tout le groupe de Chinois qui a enlevé la carte pour 5.000 US$. Une carte marine pour… cinq mille dollars (en chiffres et en lettres) ! Ce sont les albatros qui se sont frotté le bout des ailes de contentement…
La carte marine à 5.000 dollars !

Le second objet mis aux enchères était le pavillon de la compagnie qui a flotté dans la mâture du FRAM durant toute la croisière et dédicacé par la maistrance. Un drapeau historique avec le guindant complètement effiloché par l’ouragan de vendredi. Le Californien s’est porté candidat avec l’espoir de remporter cette enchère. C’était sans compter sur les mêmes Chinois qui l’ont obtenue pour la plus modeste somme de 700 US$.

Le pavillon de la compagnie adjugé à 700 US$.
L’usure du guindant atteste de la violence du coup de vent

Le troisième objet était la plaque du bateau réalisée par les membres philippins de l’équipage et mis aux enchères dans le but de les faire accéder à la culture, etc… Enlevée par un jeune couple de Chinois de Hong-Kong, qui n’avait rien à voir avec les précédents. Des gens charmants beaucoup plus policés, avec qui j’ai un peu sympathisé. J’ai cru comprendre qu’entre Pékin et Hong-Kong, il n’y avait pas que la distance qui séparait les deux régions. Ils ont eu la plaque pour 400 US$.

En quelques instants et alors que l’on ne s’y attendait pas, nous avons été rattrapés par la géopolitique mondiale. La scène que nous venions de vivre est à elle seule un résumé de notre actualité (et plus effrayant, sans doute de notre futur) : Les Etats-Unis qui s’essoufflent à s’accrocher à leurs acquis contre la Chine qui rafle tout. Ceci n’engage que moi, bien sûr !

Epilogue : Lundi matin à l’aéroport d’Ushuaia, j’ai eu l’insigne honneur de pouvoir regarder et même toucher une carte marine de 5.000 dollars. 5.000 dollars ! Je l’ai touchée, et depuis je ne me lave plus les mains !

Pour l’anecdote, le commandant avait annoté dans un coin de cette carte la distance parcourue durant cette croisière : 2.303 milles marins, soit 4.265 km.

1 commentaire:

  1. En effet, les chinois sont partout !
    Ce passage m'a bien fait rire !!
    Et en lisant le récit et les commentaires de la veille, j'avoue que j'ai eu des frissons sûrement d'émotion !
    Bon retour à vous 2, bisous. KLL

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