OU EST LE PARADIS ?

Jeudi 15 Décembre 2011

PARADISE BAY & CUVERVILLE ISLAND

Quelle idée ont eu les chasseurs de baleines d’affubler au 19ème siècle ce lieu d’un nom pareil ?

Ce n’est certainement pas l’enfer, mais au moins notre purgatoire !

La neige nous accompagne bien avant notre arrivée dans cette baie, des icebergs défilent le long du bord, l’étrave fend une mince pellicule de glace de mer. Pas de vent, la neige tombe en petits flocons serrés. Dans les accalmies on arrive à supposer que le site pourrait être grandiose, avec le fond de la baie encombrée d’icebergs et en arrière-plan des amas de neige et de glace colossaux, mais l’impression est bien fugitive.
Avant d’arriver à Paradise Island

Les Argentins ont installé une « ville », quatre ou cinq baraquements en planches qui  abritent une station baptisée Almirante Brown. Quelques manchots Papous font le gros dos sous la neige, d’autres nagent près d’une petite plage.

Le but de la sortie de ce matin est l’observation des manchots, mais surtout grimper au sommet d’une haute colline qui domine le site d’où l’on doit avoir une jolie vue sur la baie et les bâtiments de la base argentine. Marcher dans la neige fraîche, n’est finalement pas notre truc. C’est épuisant ! Chaque pas posé en dehors de l’étroite piste se solde par une empreinte de 30 cm de profondeur dont il faut ensuite s’extraire avec difficulté. Sous la pression, le fond de cette empreinte prend une teinte bleue.

Nous nous arrêtons à mi-pente, déjà la vue est complètement bouchée par la neige qui tombe de plus en plus drue ; aller au sommet ne servirait à rien, si ce n’est au plaisir de redescendre en de longues glissades sur la pente neigeuse.

Comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous avons eu le privilège de poser le pied sur le continent Antarctique lui-même, alors que nous avions jusqu’alors débarqué sur des îles, mince satisfaction ! En fin de matinée, en rejoignant le PCB, nous sommes complètement trempés par la neige qui est tombée sans répit. L’appareil photo reflex, lui, n’a pas aimé ! Dorénavant, les photos se feront au jugé, sans l’écran de contrôle qui n’a pas supporté l’humidité. Alors Paradise Bay, on reste dubitatifs sur la dénomination… du moins pour aujourd’hui.
Aux commandes d’un Polar CirkelBoat. Les pilotes philippins effectuent un dur travail pour favoriser nos débarquements, dans le vent, sous la pluie, la neige, toute la journée. Sourire en prime. Chapeau !

Vous l’aurez deviné, sitôt l’appareillage du FRAM, la neige a cessé de tomber et la visibilité s’est largement améliorée, un pâle soleil essayait même de percer à travers la couche nuageuse. Nous avons ainsi fait une navigation somptueuse sur les eaux calmes du canal Errera. Une symphonie de bleus. Prudemment, silencieusement le FRAM louvoyait entre les nombreux icebergs qui encombraient le canal. Nous n’en avions pas encore vu en aussi grande quantité, ni d’aussi gros. ! L’eau, les icebergs, la neige, la glace au pied des montagnes, les reflets, que du bleu, du laiteux au plus cristallin, du turquoise à l’azur.
Iceberg dans le canal Ererra. Trop beau !

Lentement, le FRAM glisse vers l’île de Cuverville, (beaucoup de lieux ont été baptisés par le français Charcot ou le belge de Gerlache). Sous le vent de l’île et encore à bord, nous sommes déjà assaillis par une odeur insoutenable, les manchots ne doivent pas être loin.

En milieu d’après-midi, le PCB nous emmène vers la plage de Cuverville en zigzagant à travers une multitude de gros icebergs échoués près du rivage. Bluffant !

Nous débarquons sur une plage de gros galets ronds, parsemée de glaçons qui vont fondre sur place. A peine le pied à terre, les premiers manchots Papous nous accueillent. Il y en a partout qui se dandinent dans tous les sens ou qui se suivent régulièrement. Ils se rendent ou reviennent de la mer en suivant toujours le même itinéraire, leur allées et venues incessantes ont fini par creuser la neige d’une petite tranchée appelée « autoroute à manchots ». Chacune de ces autoroutes mène à une rookerie différente, il y a des croisements, des priorités, des collisions…

Nous-mêmes déambulons d’une rookerie à l’autre à observer les scènes de la vie ordinaire des manchots. A cause de l’hiver tardif, ils sont tous à couver sur des nids de cailloux. Dans un couple, celui qui ne couve pas passe son temps à regarnir le nid de petits cailloux qu’il va souvent piquer dans le nid du voisin qui fait part de son mécontentement. Tout ce petit monde évolue dans la boue et sur un lit de fiente inimaginable. Au nid, les manchots perdent leur beau plastron blanc…
L’une des nombreuses manchotières de l’île Cuverville.

Quelques skuas survolent et surveillent les rookeries en guettant le moindre œuf à chaparder, ainsi va la nature qui y trouve son équilibre. D’ailleurs, la vie de manchot vaut-elle d’être vécue ? Dans le froid, le vent, la glace, la neige, au bout du monde, inaptes à voler, les plus défavorisés sont obligés de gravir péniblement des hectomètres pour rejoindre leur rookerie de banlieue,  posée en haut de la colline bien loin de la mer, les plus nantis couvent pratiquement les pieds dans l’eau.

Jusqu’alors, nous n’avions pas encore vu autant de manchots. Nous avons passé une après-midi formidable à les observer tranquillement.

Pour nous aujourd’hui, le paradis s’est déplacé à Cuverville…

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