RECORD BATTU !

Vendredi 16 Décembre 2011

RECORD BATTU !

Navigation tranquille hier soir dans le détroit de Gerlache. Le FRAM se dirige vers les îles Shetland du Sud pour nos derniers débarquements d’aujourd’hui. Cette option permet de gagner quelques milles vers le nord, et même si cela n’est pas sur la route directe vers Ushuaia, cela permet de raccourcir la traversée du passage de Drake. En clair, cela sent déjà la fin des vacances…

En seconde partie de nuit, le FRAM aborde le large détroit de Bransfield. La mer et le vent ont dû quelque peu forcir, dans la couchette on perçoit que cela remue un peu.

06h30, le bateau se met à giter et à vibrer violemment. Quelques objets sur la table de nuit traversent la cabine en glissant sur la moquette, dans la salle d’eau, la bombe à raser tombe de son piédestal, ce qui n’était même pas arrivé en traversant le Drake à l’aller.

Visiblement, dehors ça souffle. Vue de notre hublot, la mer semble aplatie par le vent et la pluie violente. Cela paraît plat mais il y a des nuages d’embruns qui volent au-dessus de l’eau et de longues traînées blanches sur la mer. A l’aide de ses pods (nacelles orientables des moteurs suspendus à l’arrière de la coque), le FRAM semble faire demi-tour sur place à grandes brassées d’eau verte. C’est cette manœuvre qui a provoqué la gite importante et les vibrations.
Pris d’un hublot du pont 3. A plus de 200 km/h, le vent aplatit la mer.

Bigre, ça à l’air de barder dehors. Le commandant a peut-être besoin de moi en passerelle ? Je quitte la cabine et finalement m’arrête à la cafet du pont 4. A travers les larges baies, je vois la mer fumer sous les bourrasques, le vent emporte de larges nuages d’embruns qui passent à toute vitesse. Malgré le peu de visibilité, toute la surface de la mer est vert glauque entrecoupée de bandes blanches serrées. Impressionnant !

Bien au chaud dans la cafet, devant un café et un cookie, en hauteur, je suis incapable de juger la force exacte du vent ou l’état exact de la mer par rapport à ce que l’on ressent en voilier où l’on est en prise directe avec les éléments. Quoi qu’il en soit, c’est sérieux !

07h20, le haut-parleur grésille, une voix inconnue commence à s’exprimer : « Your captain speaking… ». Pour le coup, c’est vraiment très sérieux ! Grâce à mon mauvais anglais, je comprends qu’il est question de « double hurricane » et de vent à 60 mètres par seconde. Je n’ai pas idée de ce que cela représente, plus habitué que je suis avec l’échelle Beaufort et les vitesses en nœuds, et je ne suis pas assez bien réveillé pour faire la conversion rapidement. Le commandant annonce également que les ponts extérieurs sont fermés et plus catastrophique… le restaurant également !

Ce violent coup de vent est arrivé quelques heures avant notre escale du jour. Le bateau est encore abrité par l’île Livingston et va y rester pendant quatre heures à vitesse très réduite en faisant des ronds dans l’eau, des zigs, des zags, des allers et retours, gite et vibre à chaque virement de bord.

08h00, soulagement général, le restaurant est ouvert !

Inutile de préciser que le sujet de conversation du jour est tout trouvé.
No comment !

Nous avons subi cela toute la matinée dans un confort exceptionnel. Le FRAM nous prouve qu’il est un bon bateau et à part le premier demi-tour qui nous a tous surpris, chacun s’est toujours senti en confiance durant ce coup de vent. Sans doute le doit-on également à l’expérience du commandant et au professionnalisme de l’équipage qui nous ont permis de traverser cet épisode en sécurité.

Maintenant on peut vous le dire, l’anémomètre du bord a enregistré la plus forte rafale à 68,4 mètres/secondes, 246 km/h, 133 nœuds. Ce matin, il n’y avait pas assez de degrés à l’échelle Beaufort.

On a aussi cru comprendre que le commandant n’avait jamais subi un coup pareil.

Inutile d’ajouter que les deux débarquements du jour à Half Moon Island et Yankee Harbour ont été annulés ; adieu manchots à jugulaire,  phoques à fourrure et léopard des mers...

14h00, les ponts extérieurs viennent de rouvrir, fin de l’épisode. Du coup, on attaque le Drake plus tôt que prévu et Nelly tient le coup.

RECORD BATTU !


Trace GPS durant le coup de vent : Le cercle orange représente le début des hostilités.

L’île Livingston qui nous protège est en haut à gauche de la carte. Cela va durer quatre heures

3 commentaires:

  1. joelle vous dit : ben alors ! quelle aventure ! il fallait un bateau drôlement costaud et un commandant de grand talent pour gérer une telle tempête ! ça doit remuer les entrailles !!!! en bretagne autre tempête mais hélas pollution sur nos plages une cata.... nous serons quand même tous rassurés de vous savoir de noveau sur le plancher des vaches ... des bisous des jojos !

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  2. Désolé de ne pas y avoir pensé plus tôt :
    site météo Antarctique et Drake : cliquez sur la zone du rectangle
    correspondant :
    http://www.passageweather.com/

    Bon Courage pour la nuit

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  3. C'est bien de vivre de tels événements en se sentant en sécurité… si l'on n'est pas malade, bien sûr

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