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HIVA OA

Jeudi 27 Novembre 2014

05h00, sur la coursive du pont supérieur, il y a de plus en plus d'adeptes des levers matinaux. Comme sur tous les bateaux, on rencontre toujours les mêmes personnes, aux mêmes heures et aux mêmes endroits. Des habitués, pas forcément au fait de toutes les choses de la mer mais curieux et intéressés par tout ce qu'ils vivent.

Après 80 milles (150 km) de navigation, l'Aranui rejoint le groupe sud de l'archipel des Marquises, dont Hiva Oa est l'île principale. Et, après avoir franchi l'étroit canal du Bordelais, le bateau pénètre lentement dans la baie des Traîtres où se trouve le port d'Atuona, la ville principale de l'île.

Et du haut de la passerelle, je vais être le témoin d'un bel exercice d'accostage exécuté par l'ensemble de l'équipage. Le quai est en retrait d'une digue située à droite d'une baie étroite avec peu de fond. La marge de manœuvre est donc mince et le bateau est quasiment obligé de faire un créneau avant de rejoindre le quai. Pas facile avec une seule hélice et un petit propulseur d'étrave !

Le capitaine va donc jeter l'ancre et présenter l'avant du bateau à quelques mètres du quai pendant que des hommes sur deux chaloupes vont porter les aussières à terre à l'avant, puis sur bâbord et tribord à l'arrière. Ensuite, en jouant avec les treuils des aussières et le guindeau de la chaîne d'ancre, le commandant va amener calmement l'Aranui le long du quai. Créneau réussi !

Voiliers tourdumondistes dans la baie d'Atuona : Un rêve passe !
Le déchargement des petits containers commence, suivi par les marchandises en vrac dans des caisses à claire-voie spécifiques à l'Aranui. Aussitôt, c'est la fébrilité sur le quai. En échange d'une signature sur un registre, les particuliers, commerçants ou artisans récupèrent leurs colis. D'autres déchargent le plateau de leur pick-up et stockent sur le quai leur production de coprah à destination de l'Huilerie de Tahiti qui le transformera en huile de palme.

 
Ce matin, toute l'activité de l'île converge vers le quai de l'Aranui. Cela génère une belle animation et beaucoup de circulation sur la route qui mène au port.
 
Sacs de coprah en attente d'embarquement
Atuona a longtemps été la capitale des îles Marquises, mais en dehors de l'aspect touristique, elle doit essentiellement sa réputation au fait d'avoir accueilli deux hôtes de renom : le peintre Paul Gauguin et le chanteur Jacques Brel qui y ont passé les dernières années de leur vie et qui y reposent maintenant.

L'Aranui à Hiva Oa.
Tout droit sorti d'une ancienne affiche des Messageries Maritimes
Plus qu'une balade touristique, c'est donc une journée de mémoire qui nous attend aujourd'hui. Bien qu'il y ait un moyen de transport prévu en bus, nous préférons rejoindre le cimetière d'Atuona à pied tôt dans la matinée.

Nous sommes presque seuls lorsque nous arrivons devant la tombe de Gauguin, en bas du cimetière. Il repose sous un monument massif en pierre volcanique rouge.
 
Cimetière du Calvaire à Atuona.
La tombe de Paul Gauguin...
A peu de distance, à l'ombre de petits palmiers, repose Jacques Brel depuis 1978. Son monument est encore plus simple : un rectangle de pavés bruns délimite une surface gravillonnée où poussent difficilement quelques fleurs blanches ; à l'arrière, une stèle avec une plaque de bronze à son effigie et celle de sa dernière compagne, ainsi qu'une autre plaque gravée à son nom.


... et celle de Jacques Brel
A côté de la tombe, des admirateurs, des anonymes attachés au souvenir du Grand Jacques ont déposé des galets, pleins de galets noirs avec des dédicaces, des intentions, des paroles de chansons, écrites à la peinture blanche. Alors, quand on a été contemporain de Brel et qu'on a fredonné ses chansons, l'endroit ne manque pas d'émouvoir.

Nous restons ainsi un bon moment partagés entre les deux tombes. Nous sommes là, au bout du monde, attendant sans y croire vraiment la rencontre improbable de deux personnages hors du commun. Si les dates ne correspondent pas, la destinée des deux artistes est troublante et la proximité de leurs deux tombes aussi.

Nous avons du temps pour parcourir le petit village. Nous faisons une pose "Chez Eliane", un petit café où il est possible d'avoir une connexion Internet. Le débit est très lent mais permet d'envoyer quelques photos le temps de consommer tranquillement une citronnade maison bien fraîche.

Impossible de passer à Atuona sans visiter le Musée Gauguin installé dans un grand faré, non loin de la plage. Quelques objets en lien avec le peintre sont exposés, des panneaux retracent la chronologie de sa vie et ses œuvres. Le musée expose bon nombre de copies de ses toiles.

 

Ce ne sont que des copies, bien sûr ! Mais grâce à ces copies judicieusement rassemblées, le Musée Gauguin d'Atuona est le seul endroit où l'on peut suivre l'évolution du peintre entre 1875 et 1903, depuis Paris jusqu'aux Marquises en passant par Pont-Aven et Tahiti.

A l'extérieur du musée, la Commune a récemment reconstruit "La Maison du Jouir", ainsi dénommée par le peintre lorsqu'il l'habitait. Cette appellation en dit long sur l'état d'esprit anar de Gauguin à Atuona, où il ne s'était pas fait que des amis à cause de son mode de vie quelque peu dépravé, notamment pour avoir séduit de très jeunes filles qu'il avait ensuite abandonnées après en avoir bien profité…

Et pour en avoir discuté avec un commerçant, les Marquisiens ont la rancune tenace et disent ne pas garder un bon souvenir du peintre qui a fini ici en 1903 dans la misère, abandonné de tous.

"La Maison du Jouir"
A l'entrée de la Maison du Jouir :
"Soyez amoureuses et vous serez heureuses"
Toute la philosophie de Gauguin !
Attenant au Musée Gauguin se trouve l'Espace Jacques Brel, un vaste hangar abritant l'avion que le chanteur pilotait à la fin de sa vie.

En 1974, Brel avait entrepris un tour du monde à bord d'un grand bateau à voile. Rattrapé par la maladie, il interrompt ce voyage lorsqu'il fait escale à Hiva Oa en 1975. Séduit par les lieux, il s'y installe pour trouver l'apaisement loin des bruits du monde.

Il va rapidement s'émouvoir du dénuement total des Marquisiens en matière de santé, d'éducation, de culture ou de loisirs. Et il va le faire savoir au cours d'une réception où il était invité et durant laquelle il tente de faire bouger les lignes en interpellant fermement le Haut Commissaire afin que l'Administration s'investisse davantage pour les iliens.

Sans pouvoir tout résoudre, il aura essayé, dans la mesure de ses moyens, d'améliorer l'ordinaire des habitants.

Le bateau est vite revendu. Brel acquiert ensuite un petit avion bi-moteur avec lequel il visite les îles. Il fait aussi l'avion-taxi et rend des services d'urgence aux Marquisiens en les transportant vers l'hôpital local ou jusqu'à Papeete dans les cas les plus graves. Il transporte les sacs de courrier, et les jette à la volée dans les petites îles dépourvues d'aérodrome. Il lui arrive parfois de ramener aussi les internes du collège dans leur île natale lors des petites vacances. Autant de petits services qui prennent le relai des transports aléatoires en bateau d'une île à l'autre. Autant de services qui le font grandement apprécier de la population locale qui garde encore le souvenir de sa disponibilité et de sa générosité.


La préservation et la mise en valeur de "Jojo", l'avion de Jacques Brel s'imposaient. Plutôt que d'être posé au sol, l'avion est installé ingénieusement sur un piédestal comme s'il était encore en vol pour une dernière mission.

Autour, sur les parois du hangar, plusieurs panneaux où figurent des photos de l'artiste, des extraits de ses chansons, des citations. Rien que de très banal, si ce n'est qu'en parcourant l'exposition on entend les chansons de Brel. Elles passent sans interruption, diffusées dans un ordre aléatoire, les très anciennes qu'on avait oublié, les plus connues, les inédites. On les entend en fond sonore en parcourant l'exposition, on y prête de plus en plus attention, et l'on finit par les écouter religieusement.
 
L'Espace Jacques Brel. Rendez-vous avec l'émotion

Des anecdotes d'une autre époque remontent subitement à la surface, des bribes de vie ou le souvenir d'un récital reviennent en mémoire. Assis sur un banc sous une aile de l'avion, face au buste de Brel, pris par les mélodies ou happé par la force des paroles des chansons, je réalise 36 ans trop tard que le Grand Jacques n'aurait jamais dû partir… Il n'aurait jamais dû… Le regard s'embrume, les yeux s'humidifient… Ca remue !


Mais il faut bien partir ! Un peu sonnés, nous quittons silencieusement les lieux et lentement nous nous dirigeons vers la place du village où nous attend le bus, le "truck", qui doit nous emmener au restaurant. Ces caisses en bois à claire-voie montées sur des châssis de camion étaient encore il y a une dizaine d'années les seuls transports en commun de l'île de Tahiti. Les derniers survivants sont utilisés comme transports scolaires dans les petites îles. Exotique !


En toute fin d'après-midi, la manœuvre d'appareillage est encore plus compliquée que celle du matin puisque le bateau n'a pas de vitesse pour évoluer. Le capitaine joue avec l'ancre et les amarres pour faire décoller le bateau du quai. Comme ailleurs aux Marquises, il n'y a pas de service de remorquage. Le capitaine fait donc avec les moyens du bord : c'est une barge, normalement utilisée pour le déchargement du fret qui pousse la poupe du bateau pour qu'il puisse faire demi-tour sur place… Exotisme toujours, mais efficacité !
 
200 cv et une barge pour que l'Aranui fasse demi-tour
 
DANS LES PAS DE PAUL GAUGUIN
 
Bien avant Pont-Aven et la Polynésie, Paul Gauguin a séjourné en 1884 à Rouen, dans une petite impasse (qui porte maintenant son nom) située dans le quartier Jouvenet (autre peintre local du XVIIIème siècle).
 
Durant ce séjour rouennais de 10 mois où il côtoie Pissarro et d'autres impressionnistes, Gauguin a eu le temps de peindre une quarantaine de tableaux représentant différents quartiers de la ville.
 
N'ayant pas fait fortune à Rouen, Gauguin se rend ensuite à Pont-Aven de 1886 à 1889, puis retourne à Paris. Après bien des déconvenues, il se rend à Tahiti entre 1891 et 1901, puis aux Marquises où il compte trouver l'inspiration et l'apaisement. Il y meurt en 1903.
 
Et en fouinant un peu sur la toile, j'ai trouvé… celle-ci, qui représente une église située sur les hauteurs de l'agglomération rouennaise…
 
130 ans exactement séparent ces deux images
J'ai à peu près localisé le lieu où Paul Gauguin a dressé son chevalet, mais confronté aux progrès de l'urbanisation, je n'ai pas pu poser le pied de l'appareil photo au même endroit, ni retrouver le même cadrage vertical, ni respecter l'échelle (comparaison faite en toute modestie, bien sûr !).
 
Le premier qui trouve quelle église a été peinte sur ce tableau a gagné !

ILE DE UA POU

Mercredi 26 Novembre 2014

L'Aranui est resté une bonne partie de la nuit au mouillage dans la baie de Taipivai à Nuku Hiva. Il faut dire que les distances entre les îles sont courtes. A peine deux heures et demies sont suffisantes pour rejoindre l'île de Ua Pou à 29 milles (53 km) au sud.

J'ai ainsi pris l'habitude de me lever avec le soleil à 05h00 et de monter aussitôt à la passerelle pour assister aux derniers milles de navigation de la nuit et être un observateur privilégié de toutes les entrées de port ou prises de mouillage en tout début de matinée.


Cela me permet aussi d'échanger quelques mots avec le second capitaine qui est toujours de quart à cette heure-là. Malgré son jeune âge, il a bourlingué sur presque toutes les mers du globe sur toutes sortes de navires, du petit paquebot chic en Méditerranée, jusqu'au navire gazier au nord de la Norvège, en passant par le transport d'éléments de fusée Soyouz entre Saint-Pétersbourg et la Guyane, ou encore la pose de câbles sous-marins sur un navire câblier.

L'Aranui est une nouvelle corde à son arc, il en est à son quatrième voyage sur la ligne. Il est attiré par la pratique de la voile hauturière, mais il parait très hésitant, handicapé semble-t-il par son expérience de la mer vécue à travers la Marine Marchande. Il est vrai que passer du cargo au voilier doit être un sacré choc, l'inverse est bien plus facile.

Arrivée matinale à Ua Pou
05h45, tandis que l'Aranui pénètre dans la baie de Hakahau à Ua Pou, les lourds nuages qui couvraient l'île se dissipent. Apparaissent alors une série de pointes volcaniques très escarpées, que les Marquisiens appellent selon une vieille légende : "Les Piliers". Ces pointes sont groupées et donnent un aspect menaçant à un paysage pour le moins inhabituel.

S'il y a bien un quai où l'Aranui peut accoster, Hukahau ne possède pas de service portuaire. C'est l'équipage du navire qui gère seul les opérations. Peu avant d'arriver, une ou deux chaloupes sont mises à l'eau et ce sont les marins eux-mêmes qui vont porter les aussières à terre au prix d'acrobaties parfois périlleuses.

Le quai, plus court que le bateau, est situé juste derrière la digue qui protège la baie de la houle. La manœuvre est plutôt complexe car le bateau doit faire demi-tour dans un espace restreint pour pouvoir accoster en s'aidant des aussières portées à terre. Ceci fait, le déchargement du fret commence immédiatement.


Nous partons à 07h30 faire une petite randonnée avant qu'il ne fasse trop chaud ! Il s'agit de rejoindre un calvaire situé sur une petite colline. Une demi-heure de marche suffit pour y arriver et, dès le départ, le soleil tape fort.
Mais la balade vaut le coup. A l'ombre de la croix, nous pouvons contempler tranquillement le village niché dans la verdure, la plage de sable gris au fond de la baie et les Piliers qui se découvrent peu à peu. Ces formations basaltiques attirent immanquablement le regard tant elles sont spectaculaires.
Les Piliers de Ua Pou

Baie de Hakahau
Juste la place pour accoster !
Retour vers le centre du village en longeant la jolie plage de sable.

Une fois toutes les trois semaines, l'arrivée des passagers de l'Aranui est un évènement dans chaque village des Marquises. Les habitants participent à l'accueil des visiteurs, en distribuant un collier de fleurs, en chantant, en grattant la guitare ou l'ukulélé au cours d'une aubade, en dansant au sein d'un groupe, en proposant la dégustation de fruits et bien sûr en vendant de l'artisanat.

C'est l'occasion de commercer, bien sûr. Mais en venant au devant des passagers, cela semble être aussi le prétexte pour les villageois de se retrouver entre eux pour discuter et colporter les derniers potins. Sans doute que nous aussi, passagers, nous leur apportons les échos du monde extérieur, et les échanges sont toujours fructueux.

Ce matin, c'est sous une halle hexagonale qu'ont lieu les animations à notre intention. En plus du collier de fleurs, nous avons droit à la chorale des enfants des écoles dirigée par le Maire de la commune lui-même. Et les petits marquisiens ne font pas semblant, ils chantent vraiment et très bien et très fort ! Le chant est dans leurs gènes.

Au centre de la halle, trône un buffet de fruits locaux dont on se sert dans une assiette… compostable (une grande feuille d'un arbre dont j'ai perdu le nom, désolé !), que l'on remplit de mangue, papaye, pamplemousse vert, banane fraiche ou séchée ; le tout accompagné d'un petit verre d'une boisson aromatisée au gingembre. C'est délicieux, tous ces fruits récemment cueillis ont des saveurs que l'on a oubliées depuis longtemps. Un régal !

Dans une pièce attenante, se tient le marché artisanal, emplacement incontournable de toute escale de l'Aranui. Les stands sont tenus par des Marquisiennes vêtues de longues robes ou de paréos très colorées, leur tête souvent entourée d'une jolie couronne de fleurs. D'une voix lente et douce, elles vantent aux touristes la qualité des objets qu'elles vendent.
Elles proposent surtout des curios sculptés dans l'ébène ou le bois de rose, symbolisant les croyances ou divinités locales : raies mantas, tortues, tikis, etc... D'autres proposent les mêmes objets, mais réalisés en "pierre fleurie". Cette pierre, qui a inspiré plusieurs sculpteurs marquisiens, est incrustée dans sa masse de petits dessins ressemblant à des pétales de fleurs. On ne la trouve que dans deux endroits au monde : au Brésil et à Ua Pou.

Ce joli marché a eu un succès mérité et les affaires ont été florissantes.


En fin de matinée, nous sommes conviés au tohua, place cérémonielle du village, pour une nouvelle exhibition folklorique. Toujours un peu pareil, toujours un peu différent. Cette fois-ci, ce sont d'abord les femmes qui évoluent en ondulations gracieuses, relayées par les hommes qui nous refont le coup du haka dans des postures agressives qu'ils accompagnent de cris rauques. Ainsi, à chaque représentation, nous avons droit à la "Danse du Cochon" qui semble être un élément obligatoire du répertoire local. Quel sens donner au nom de cette danse ? Il se dit que les guerriers marquisiens, avant d’aller au combat, imitaient les déplacements et les cris du cochon sauvage afin d’impressionner l’ennemi. Sans doute est-ce vrai pour les premiers mouvements de cette danse ? Mais il m'a semblé qu'en fin de chorégraphie, la gestuelle et les sons qui l'accompagnaient, s'orientaient plutôt vers une imitation du comportement… humain. Mais je peux me tromper !

La relève est déjà assurée !
Quoi qu'il en soit, les danseuses et danseurs de Ua Pou étaient très heureux de nous présenter leur répertoire qui témoigne du renouveau des traditions ancestrales longtemps abandonnées et qu'ils ont plaisir à remettre au goût du jour.

Nous nous rendons ensuite au cœur du village, au restaurant "Tata Rosalie" pour un buffet de spécialités marquisiennes. C'est ainsi que les passagers de l'Aranui participent, en dehors de l'achat de souvenirs, à l'économie locale en aidant ponctuellement, commerçants, restaurateurs, agriculteurs ou pêcheurs. Les Marquises et l'Aranui, c'est gagnant, gagnant !


14h00, retour à bord. A ce moment, je dois faire un aparté personnel. C'est aujourd'hui le jour exact de notre anniversaire de mariage, évènement qui est le prétexte avoué de ce voyage. 20 ans ! Cela devait être fêté dignement !

La veille, ne sachant où m'adresser sur place, j'avais sous-traité avec Vaihere, la directrice de croisière, la mise en place d'un bouquet de fleurs dans la cabine. Elle m'avait rassuré en me disant qu'elle organiserait cela et que d'avance, elle était déjà sûre que cela serait très bien.


C'est ainsi que ce magnifique bouquet trônait sur la table de nuit de la cabine à notre retour d'excursion. S'étant prise au jeu, Vaihere était toute contente d'avoir fait ajouter une inscription sur un bandeau. Je vous laisse imaginer l'effet de surprise lorsque Nelly est entrée dans la cabine !

14h30, appareillage pour une navigation de 6 milles (11 km) vers le hameau de Hakahetau au nord-ouest de l'île, en longeant une côte très découpée où les montagnes tombent rapidement dans la mer et le paysage toujours dominé par les Piliers.

Baie de Hakahetau
15h30, l'Aranui jette l'ancre dans la petite baie de Hakahetau et les opérations de déchargement du fret commencent aussitôt. Mais ici, il n'y a pas de vrai port, juste un tout petit quai en L à gauche de la baie et qui offre un abri précaire contre le ressac. Il y a peu de place et cela bouge beaucoup. Le transfert des marchandises se fait en baleinière. Cela brasse tellement que chaque colis (y compris la machine à laver), est déchargé à la chaîne entre la barque et le quai, et stocké. Ensuite, les colis sont rechargés à la main dans les pick-up qui arrivent chacun leur tour en marche arrière. Idem pour le rembarquement des sacs de coprah.

La chaîne pour décharger la baleinière

La baleinière est amarrée. Le barreur met les gaz à fond pour
aténuer les effets du ressac
L'ambiance sur ces petits quais parait exotique et folklorique. En réalité, c'est très organisé, chacun sait ce qu'il doit faire et quand le faire. Malgré la confusion apparente, cela se passe toujours efficacement dans le calme.

En fin de journée, nous avons convié nos habituels compagnons de table autour d'un apéritif au bar. Un bon moment de convivialité avant de passer à table. Là encore, Vaihere avait bien fait les choses en informant le personnel du restaurant. Une table nous était réservée. Et bien sûr à la fin du dîner, toutes les lumières de la salle se sont éteintes. Sous les applaudissements de tous les passagers, nous avons partagé un succulent gâteau pendant que Manarii l'animateur, Steven l'un des guides marquisiens et Jacob le serveur, chantaient pour nous en s'accompagnant à la guitare et l'ukulélé. Nelly a eu beaucoup de mal à cacher sa surprise.   

LES PASSAGERS
Nous sommes environ 140 passagers pour cette croisière. Et pour une fois, majoritairement francophones, soit 75 Français, Suisses et Québécois. Et c'est bien reposant, puisque le français est la langue du pays et aussi la langue officielle du bord.
Il y a bien sûr, une trentaine d'anglophones, Etatsuniens, Australiens, Norvégiens et autres, ainsi qu'une vingtaine d'Allemands.
Et puis, fait paraît-il rarissime, nous avons à bord un groupe de quatorze japonaises. Une sorte de Women Club, des veuves voyageuses en quelque sorte ! Des petites dames âgées, formatées, toutes de la même taille et vêtues, chaussées, gantées, chapeautées de la même manière. Ensemble, elles forment un groupe monolithique, hors d'âge, hors du temps, hors du monde. Elles sont encadrées par un accompagnateur plus jeune, imperturbable et impénétrable, d'un stoïcisme à toute épreuve. Elles sont également maternées par une interprète locale.
Le silence et l'immobilisme de ce groupe peu avant le premier débarquement aux Tuamotu n'a pas manqué d'inquiéter les autres passagers, mais finalement cela s'est plutôt bien passé.
Avec l'aide de l'interprète locale, ces dames ont commencé à fendre l'armure lorsque cinq d'entre elles ont participé au défilé de mode. A petits pas, elles ont assuré une partie du spectacle, ce qui était complètement inattendu et a suscité rapidement une réelle sympathie des autres passagers envers elles.
Quelques autres ont également forcé l'admiration de tous lors des sorties pédestres, dont certaines n'étaient pas de tout repos (et pour ne rien cacher, certaines ont participé à des randonnées que nous n'avons même pas faites).
Finalement, sans faire de bruit, elles ont forcé le respect de tous.


VERS NUKU HIVA - Îles Marquises

L'escale de Takapoto a bien scindé en deux la route jusqu'aux Marquises. N'empêche qu'il reste 465 milles à parcourir (860 km), soit deux nuits et une journée de mer et que nous ne serons pas arrivés à l'île de Nuku Hiva avant mardi matin.

Lundi 24 Novembre 2014 - En mer

Nuit paisible. Ce que confirme le livre de bord consulté à l'aube à la passerelle : " Vent nord-ouest à nord, force 1". De fait, la mer est calme, juste une faible houle, la température… encore supportable (eh, oui !). Le bateau peut tailler sa route tranquillement.


Nous sommes sous les Tropiques et je vais rapidement trouver mon rythme : lever chaque matin à 05h00, presque en même temps que le soleil, puis ascension jusqu'au pont supérieur et visite de la passerelle. Selon l'humeur du moment ou les occupations du second capitaine, c'est discussion ou analyse de la nuit penché sur la table à carte ou simplement observation silencieuse des environs. C'est l'heure magique où le soleil se lève, la promesse d'un nouveau jour alors que le bateau est encore silencieux. C'est l'instant privilégié que j'apprécie toujours, d'autant qu'en début de croisière je suis le seul à en profiter.


Pour cette grande journée de navigation, l'ambiance à bord est plutôt détendue avec peu de contraintes, sauf pour les horaires des repas où là, c'est très sérieux ! Sinon, c'est relaxation à l'arrière du pont piscine, lecture pour les uns ou conversation pour d'autres, etc…


En milieu de matinée, se déroule dans le salon une conférence donnée en français par un éminent linguiste et anthropologue allemand, féru d'histoire et de culture océanienne qui a passé une grande partie de sa vie aux Marquises dont il a appris la langue. Le thème de la matinée est un exposé sur l'histoire du peuplement de la Polynésie et l'évolution de la langue dans les différentes iles. Deux autres conférences sont prévues en cours de croisière.

A la fin de la conférence, le bateau est arrêté pour une intervention de courte durée dans la salle des machines. L'Aranui bouchonne en pleine mer. Une occasion unique d'apprécier la couleur du Pacifique !

Bleu Pacifique
Pour rompre le désœuvrement, il y a bien sûr plusieurs ateliers animés par le staff. Des cours de danse, de musique ou des initiations ponctuelles aux traditions marquisiennes : confection de colliers de fleurs, tressage de palmes et même préparation (puis dégustation) de poisson cru. Tout cela en toute liberté, selon les envies ou disponibilités de chacun.

Et puis, il faut bien faire marcher le petit commerce ! Rien de tel qu'un défilé de mode autour de la piscine pour susciter les envies et favoriser les achats compulsifs dans la boutique du bord ! Et ce soir, les mannequins sont… les passagères elles-mêmes (et quelques passagers également). Et certaines ne vont pas se priver pour faire le spectacle !

Les initiateurs de ce divertissement ont fait preuve de beaucoup de tact en permettant à qui le voulait de participer à ce défilé. Et si tous les modèles n'étaient pas top, la soirée a été menée avec beaucoup d'humour par Manarii, animateur aussi talentueux qu'efficace.

La surprise générale est venue de quatre ou cinq passagères japonaises qui sont sorties de leur retenue habituelle pour participer à ce défilé alors qu'on ne les y attendait pas. Notamment, la plus âgée d'entre elles, petite, frêle et fragile, toute heureuse de tourner autour de la piscine, alors qu'un des marins la marquait de près, bras tendus, prêt à la rattraper avant qu'elle ne tombe (éventuellement)... à l'eau. Cette petite dame a bluffé et amusé tous les spectateurs.

Sans être vraiment fanatiques de ce genre de distraction, il faut avouer que nous avons passé un bon moment de rigolade sans prétention qui a également contribué à une meilleure connaissance des passagers entre eux.

Ensuite, l'événement marquant de cette nuit a été le passage à l'heure marquisienne.

Eh oui, la Polynésie, c'est vaste et compliqué ! Si les îles de la Société, les îles Australes et les Tuamotu sont sur le même fuseau horaire UTC-10:00, l'archipel des Gambier est sur le fuseau UTC-09:00. Quant aux Marquises, l'heure légale est en avance d'une demi-heure par rapport à Tahiti, soit UTC-09:30.

Cette demi-mesure permet d'être au plus près de l'heure solaire locale. Non seulement il faut avancer la montre de 30 minutes, mais également reparamétrer manuellement tous les appareils électroniques. Ca occupe !


Mardi 25 Novembre 2014 - NUKU HIVA - Iles Marquises


A l'aube, l'Aranui approche du groupe nord des îles Marquises. Déjà, dans le cap on voit clairement Nuku Hiva, encore plus en avant c'est Ua Huka et par le travers tribord, Ua Pou. Autant de noms compliqués qui vont devenir plus familiers au cours de cette croisière.

La carte marine au petit matin :
rien de mieux pour comprendre le relief de Nuku Hiva
A l'aube, la côte sud de Nuku Hiva
Nous ne sommes plus qu'à quelques milles de Nuku Hiva, l'île principale des Marquises (3000 hab.) où l'on discerne une côte fortement découpée. Avec le soleil qui se lève, le profil et le tracé de cette côte se révèlent encore plus accidentés et tourmentés. D'épais nuages coiffent les hauts sommets verdoyants du centre de l'île.

Le bateau pénètre ensuite au sud de l'île dans la baie de Taiohae, cernée de montagnes aux versants abrupts et verdoyants, une jolie baie profonde où plusieurs voiliers sont à l'ancre devant le village.

06h30, l'Aranui accoste le quai de Taiohae, l'agglomération principale de l'île, et aussitôt commence le déchargement des plus grosses pièces de fret, en particulier les conteneurs réfrigérés qui arrivent pleins depuis Papeete et qui seront récupérés vides dans quelques jours. Cela entraîne déjà une forte animation sur le quai due aux mouvements incessants des engins de manutention.

L'Aranui 3 au quai de Taiohae

C'est une grosse journée de découverte qui nous attend aujourd'hui. En longeant la baie, nous nous rendons à pied vers le village. Nous avons rendez-vous sur un grand parking où stationnent une quarantaine de pick-up 4x4 aussi rutilants les uns que les autres, ce qui ne manque pas de nous étonner.

Il faut dire que les infrastructures routières marquisiennes n'ont longtemps été que des pistes en terre et qu'il n'y a pas de transports organisés pour les touristes que nous sommes. Ce sont donc des particuliers regroupés en association qui gèrent eux-mêmes les déplacements des visiteurs débarquant de l'Aranui ou d'autres paquebots occasionnels.

C'est une sympathique marquisienne, la tête ceinte d'une jolie couronne de fleurs rouges et orangées, qui nous prend en charge et nous sert de guide en nous vantant d'une voix trainante et en roulant doucement les R tous les charmes de son île. C'est ainsi que nous partons en convoi visiter la Cathédrale de Taiohae, un vaste édifice construit à la fin du XXème s. à côté d'un ancien site religieux polynésien. Elle est faite de pierres de lave provenant des différentes îles marquisiennes.

Baie de Taiohae
Nous poursuivons sur une petite route bétonnée, sinueuse, escarpée et de plus en plus verdoyante à mesure que l'on s'élève et qui nous mène jusqu'au col de Muake d'où l'on a un magnifique point de vue sur la baie de Taiohae.

On passe d'une vallée à une autre en empruntant des pistes cahoteuses et ravinées où le 4x4 trouve sa justification pour arriver au site archéologique de Kamuihei, situé en pleine forêt.  Ce sont les vestiges d'un ancien village où ne subsistent que les fondations d'habitations, de temples ou de places étagées sur le flanc de la montagne. A l'ombre d'un gigantesque banian, arbre sacré vieux de 600 ans, une troupe folklorique nous fait une longue démonstration de haka, danse guerrière pour impressionner l'ennemi.
Exhibition folklorique au pied du banian sacré

La descente, toujours sinueuse et pentue, vers la rive nord de l'île nous réserve de beaux points de vue sur des formations basaltiques étonnantes qui dominent le paysage avant que nous n'arrivions à Hatiheu.

La descente vers Hatiheu
Hatiheu est lové au fond d'une profonde baie cernée de hauts et étonnants pitons basaltiques. Encore une fois, nous sommes dans la carte postale : des montagnes verdoyantes tombant à pic dans une mer bleue qui déferle en puissants rouleaux sur une plage de sable noir…
Le village est paisible. En retrait du tohua, la place sacrée, s'élève une belle église surdimensionnée sur fond de cocotiers. On s'approche du paradis !


Baie de Hatiheu

Repas chez Yvonne, une dame respectable qui est également Maire déléguée de Hatiheu et qui gère son village aussi bien qu'elle maîtrise son restaurant. Yvonne nous a préparé des plats typiquement locaux parfois surprenants mais toujours très bons : poisson cru évidemment, mais aussi chèvre au lait de coco, porc cuit à l'étouffée, patates douces, manioc, fruit de l'arbre à pain, taro violet, bananes confites dans le lait de coco. Nous étions aussi venus pour découvrir cela.

Sur la route du retour, nous avons choisi de visiter un autre site archéologique. Vingt petites minutes de marche à pied parait-il ! Nous avons alors vite compris que tous ces lieux historiques étaient toujours situés sur les pentes des montagnes. Et malgré l'ombre bienvenue de la haute végétation qui n'empêche pas la chaleur, c'est haletants et ruisselants que nous arrivons au bout d'un méchant sentier escarpé, pour découvrir le site de Paeke, composé de vastes plateformes soutenues par des murets de pierres volcaniques. Ces plateformes supportaient des édifices ou des habitations en bois recouverts de palmes qui ont disparu depuis longtemps.

Tiki sur le site de Paeke
C'est aussi notre première rencontre avec les tikis, qui sont caractéristiques des Marquises, symboles stylisés des ancêtres hommes ou dieux de la mythologie locale. A cause de l'érosion due aux conditions climatiques, ces statues très anciennes en pierre ont malheureusement perdu leur expressivité d'origine.

Adossés aux murs de pierre, nous reprenons péniblement notre souffle en écoutant les commentaires de notre guide. Nous voyons alors arriver tranquillement quelques minutes après nous, deux des passagères japonaises, suscitant l'étonnement, l'admiration puis les applaudissements des autres visiteurs.

Notre excursion se termine dans la baie de Taipivai vers laquelle l'Aranui s'est déplacé dans la journée pour charger une importante cargaison de coprah. Le rembarquement se fait directement depuis la plage où notre chaland rustique prouve toute son efficacité.

Beachage à Taipivai




ATOLL DE TAKAPOTO - Archipel des Tuamotu

Dimanche 23 Novembre 2014

De Tahiti aux Marquises, c'est 800 milles (environ 1500 km), soit 2 jours ½ de mer. Cela peut paraitre bien long ! Et comme les Tuamotu sont sur la route directe, il y est prévu une courte escale destinée à rompre la monotonie d'une longue traversée pour qui n'y est pas habitué.

En fin de nuit, le bateau navigue à travers l'Archipel des Tuamotu, des îles bien alignées en rangs parallèles, basses sur l'eau, vestiges émergeants d'anciens volcans qui se sont lentement effondrés dans la mer depuis des millénaires. De chacun de ces volcans, il ne subsiste plus qu'un atoll, étroit anneau de corail entourant un lagon de faible profondeur.

Carte marine : Navigation à travers les Tuamotu

Si pour tous les voileux tourdumondistes ces îles font partie du rêve polynésien, la navigation y est malgré tout dangereuse à cause de leur faible hauteur, des récifs qui les débordent largement et par la quasi absence de signalisation nocturne.

Ce matin, de gros nuages gris se sont amassés sur l'horizon bien avant l'apparition du soleil. Malgré l'heure matinale (05h00), la température est agréablement douce. En T-shirt, à l'aube sur le pont d'un bateau, cela ne m'est pas arrivé souvent et je savoure pleinement ces moments de calme passés sur le pont à observer l'infini.

Vers 08h30, une fine ligne sombre apparait dans le cap juste au-dessus de l'horizon et aux jumelles on distingue les plus hauts sommets de Takapoto. Et aux Tuamotu, les plus hautes cimes, ce sont les cocotiers, c'est dire si cela manque de relief !

Arrivée à Takapoto
Takapoto est un atoll tout en longueur, sans passe navigable. Ici, pas de quai, pas de baie abritée, rien ! L'Aranui est donc stoppé en mer, sous le vent de l'île à quelques encablures du platier de corail où les vagues déferlent.

Et pour un premier débarquement, ça commence très fort pour qui n'a pas le pied marin. C'est en empruntant l'échelle de coupée (escalier à inclinaison réglable installé le long de la coque), qu'il faut gagner le chaland transportant les passagers à terre. Pour les moins hardis, le transbordement entre la coupée et la barge ne se fait pas sans appréhension car cela bouge beaucoup. Finalement, tout se déroule parfaitement grâce à l'aide efficace et sécurisante des marins.


Sur l'Aranui, tout parait à première vue folklorique et exotique, mais en réalité rien n'est laissé au hasard, toutes les opérations sont très sécurisées et se déroulent toujours dans la bonne humeur.
Un "port" minuscule a été délimité sur la plage au moyen d'une haute digue en L qui assure une protection symbolique contre la houle. Cela laisse un espace tout juste suffisant pour que le chaland puisse évoluer et aborder le quai pour débarquer les passagers. Rustique !
Il nous faut traverser la partie la plus large de l'atoll où se situe Fakatopatere, le village principal de l'île (400 hab.) : une petite bourgade fort paisible faite de maisonnettes posées au milieu d'hibiscus, de tiaré et bien sûr, de cocotiers.
Au bout d'un chemin, nous rejoignons le lagon. Et là, c'est le choc ! Encore mieux que les cartes postales ! A partir de l'étroite plage de corail, l'eau du lagon oscille d'abord entre le vert et le bleu turquoise avant de virer progressivement au bleu profond vers le centre de l'atoll.

Couleurs lagon : Bleu, vert, turquoise ?

Bien qu'il y ait un peu de clapot à cause du vent, il est impossible de se priver d'un bon bain. Et fin novembre, se baigner dans une eau presque tiède prend une saveur particulière. Un moment de plaisir que l'on souhaiterait prolonger indéfiniment…

Pique-nique sur la plage, à l'abri d'un barnum. L'équipe de cuisine a bien fait les choses, avec des entrées de spécialités tahitiennes, puis des grillades de bœuf, mouton, porc ou poisson du lagon. Le barman était également présent…

Ensuite, selon les envies du moment, nouvelle baignade, ou balade le long de la plage, ou sieste à l'ombre des cocotiers… mais la hauteur des arbres et la taille respectable des noix ont vite dissuadé les amateurs !




Paysages des Tuamotou

En milieu d'après-midi, sous un soleil écrasant, il faut rejoindre le petit "port" et attendre l'arrivée du premier chaland avant de regagner le bord.

16h00, appareillage. L'Aranui longe à peu de distance la rive basse et rectiligne de Takapoto. Sur tribord, nous contemplons un paysage régulier fait d'une longue bande de hauts cocotiers et une plage étroite de corail clair sur laquelle la mer se brise en une vague blanche infinie. Sur des kilomètres de longueur, c'est uniforme à souhait mais c'est pour voir cela que nous sommes venus ici. Sous le soleil qui décline, c'est beau !

Pour que la journée soit complète, il ne reste plus qu'à attendre que le soleil descende sur l'horizon. La température fraîchit à peine. Maintenant bien au large, l'Aranui met le cap vers les îles Marquises…

L'Aranui au large de Takapoto

L'EQUIPAGE
En dehors de son intérêt touristique incontestable, la réussite d'une croisière sur l'Aranui est en grande partie due à la compétence des membres d'équipage et leur totale disponibilité vis-à-vis des passagers.
Sur cette rotation, hormis le second capitaine, un lieutenant et le chef-mécanicien, tout l'équipage (commandant compris) est polynésien. C'est assez paradoxal, mais le fait que l'Aranui soit un bateau de travail et non un navire de loisirs fait que les relations entre équipage et passagers sont plutôt chaleureuses.
Il n'y a pas la barrière de l'uniforme. Du commandant au soutier, tout le monde porte la même tenue : T-shirt, short et tongs… qui est également le code vestimentaire adopté par tous les passagers. Pas de retranchement derrière l'uniforme, ni de timidité vis-à-vis de la tenue, cela facilite grandement les relations à bord.
Si pour le dîner les serveurs du restaurant portent souvent une belle chemise à fleurs, ils sont beaucoup plus relax pour le déjeuner. Tout simplement inimaginable sur un bateau de croisière conventionnel.
Bien sûr, il y a quelques membres d'équipage que l'on côtoie plus que d'autres, notamment ceux qui assurent la sécurité des passagers : des athlètes, au coup d'œil et aux réflexes redoutables, qui savent vous faire passer juste au bon moment lors des embarquements houleux entre la coupée et les chalands.
Bien que marins, les Marquisiens du bord ne manquent jamais de rappeler qu'ils sont très attachés à leur terre. Souvent nous entendrons cette phrase : "Aujourd'hui, tu vas débarquer sur mon île. C'est la plus belle !". Et à chaque fois, nous sommes bien obligés de confirmer…